Dix clés pour comprendre l’économie en 2017

Avril 2017

Chaque année, Richter organise un forum sur les prévisions économiques à Montréal et à Toronto, où un économiste reconnu est invité à présenter sa vision des perspectives économiques du Canada, des États-Unis et du reste du monde. Cette année, M. Benjamin Tal, économiste en chef adjoint à la CIBC, a captivé les personnes présentes grâce à ses observations précieuses sur l’année qui commence. Voici 10 clés de compréhension de l’économie en 2017, telles qu’elles ont été présentées par M. Tal*.

1 – Il y a un problème en matière d’emploi au Canada et aux É.-U.

L’analyse des taux de chômage et des augmentations salariales des dernières années dresse un tableau clair de la situation : il y a un problème en matière d’emploi en Amérique du Nord. Selon M. Tal, « Le taux de chômage à long terme est plus élevé, huit ans après la reprise [de la crise financière de 2008], qu’il ne l’était au pire de la récession de 1991. Il se passe quelque chose. »

D’après lui, le taux de participation au marché du travail diminue. Il y a aujourd’hui plus de personnes qui reçoivent des prestations d’invalidité que de main-d’œuvre productive aux É.-U, ce qui représente une tendance inquiétante.

Le Canada montre des signes d’un problème similaire, puisque la qualité des salaires au pays diminue et le nombre de travailleurs gagnant des salaires inférieurs à la moyenne augmente.

2 – Il n’y a pas de solution au problème en matière d’emploi

Selon M. Tal, la détérioration du marché de l’emploi s’inscrit dans une tendance durable : « Il s’agit d’une boîte de Pandore, puisque le problème n’a tout simplement pas de solution. » Ainsi, Donald Trump, qui a été élu sur la promesse de ramener des emplois aux É.-U., « se bat contre un problème qu’il ne pourra pas régler ».

La baisse du taux de participation au marché de l’emploi ne peut être attribuée exclusivement à la mondialisation de l’économie, puisque le secteur manufacturier aux É.-U. ralentissait déjà avant l’entrée de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce. La cause principale du problème s’explique par un changement structurel de l’économie : « Pour chaque emploi perdu en raison du commerce, huit sont perdus au profit de l’automatisation et de la technologie. Nous ne pouvons pas annuler cette tendance », explique M. Tal.

La croissance de l’automatisation a entraîné un déséquilibre dans le marché de l’emploi à l’échelle mondiale, puisque la main-d’œuvre n’a pas les compétences nécessaires pour combler les emplois disponibles : « Nous avons des gens sans emploi et des emplois sans candidats. » Le problème touche même les pays les plus scolarisés. Selon l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), le Canada, par exemple, est le pays de l’OCDE qui affiche le taux le plus élevé d’universitaires, mais également le plus grand nombre de personnes instruites vivant sous le seuil de la pauvreté. « Nous ne pouvons tout simplement pas transformer ces diplômes en emplois », ajoute M. Tal.

3 – La croissance potentielle de l’économie mondiale est à la baisse

Selon Benjamin Tal, l’économie mondiale s’améliore à l’heure actuelle et l’année 2017 devrait être plus prospère que 2016. Ce n’est toutefois pas une surprise puisque les banques centrales injectent des capitaux dans l’économie et que les principales économies, tels le Japon et la Chine, réduisent leurs taux d’intérêt. L’amélioration de l’économie mondiale représente la conséquence directe de ces mesures.

Les perspectives à long terme de l’économie mondiale s’annoncent toutefois moins prometteuses. « Cette amélioration cyclique est artificielle. Chaque investisseur et entreprise doit comprendre que dans l’ensemble, le potentiel de croissance de l’économie mondiale diminue », ajoute M. Tal. La réduction du potentiel de croissance s’explique par deux facteurs : le vieillissement de la population et le ralentissement des améliorations de la productivité. Selon M. Tal, les technologies créées aujourd’hui n’améliorent pas autant la productivité que celles qui ont été inventées auparavant : « Facebook n’a pas amélioré la productivité autant que l’arrivée d’Internet. »

4 – La Zone euro est vulnérable

« D’un point de vue économique, l’euro se porte bien, mais la Zone euro est vulnérable en raison de sa situation politique », explique M. Tal. Compte tenu des élections prochaines en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, nous pourrions être témoins d’un changement dramatique du paysage politique, ce qui pourrait avoir des répercussions sur l’économie de l’Europe.

5 – Les négociations pour le Brexit s’éterniseront

M. Tal est d’avis que la première ministre du Royaume-Uni, Mme Theresa May, se trouve dans une situation délicate à l’égard des négociations pour le Brexit : « Ce ne sera pas facile, parce qu’elle souhaite établir un libre-échange sans avoir à débourser, ce qui est improbable. Les négociations avec l’Union européenne prendront un temps fou. » Dans une telle situation, l’économie britannique et la livre sterling pourraient être vulnérables en 2017.

6 – La Chine doit augmenter la consommation plutôt que l’investissement

Les turbulences observées sur le marché boursier chinois en 2015-2016 ont marqué un tournant dans la perception de l’économie de ce pays par le marché. « Jusqu’à l’an dernier, le marché fonctionnait selon l’hypothèse que les autorités chinoises avaient la force monétaire et fiscale ainsi que le pouvoir politique nécessaires pour parer aux éventualités. Puis, en août 2015, le marché boursier chinois a chuté. […] Il s’en est suivi une crise de crédibilité puisque le marché a perdu confiance dans le parti communiste », affirme M. Tal.

En réponse, la Chine a tenté d’augmenter les dépenses de consommation et de réduire les investissements. « Mais aujourd’hui, le crédit est en hausse de 22 % en Chine, dont 85 % servent à financer de l’immobilier, et la dernière chose dont la Chine a besoin est d’un autre centre commercial vide », pense M. Tal. 

7 – L’énergie est un investissement intéressant

Selon M. Tal, l’une des nouvelles les plus importantes dans le secteur de l’énergie est la stratégie de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). « Les pays membres de l’OPEP souhaitent gagner du temps; car ils savent que d’ici 10 à 15 ans, ils perdront de l’importance en raison de la montée de l’énergie renouvelable. » Selon lui, ils ont adopté une stratégie de baisse des prix du pétrole afin de rendre moins attrayants les investissements dans l’énergie renouvelable. Compte tenu de cette stratégie et de la souplesse de la production des É.-U., le prix du pétrole atteindra difficilement les niveaux auxquels la production canadienne est rentable. Les entreprises canadiennes devront donc s’efforcer d’améliorer leurs structures de coût.

8 – Commerce : les États-Unis risquent de perdre... beaucoup

M. Trump a déclaré qu’il souhaite instaurer une politique « America first » (la priorité aux États-Unis), aux termes de laquelle les tarifs douaniers pourraient être augmentés. Un tel changement aurait des répercussions pour les pays qui exportent aux É.-U., mais pourrait également nuire à l’économie américaine. « Lorsque nous abordons cette question, nous parlons de ce que les autres pays perdront, mais les États-Unis seront aussi de grands perdants. Les États-Unis ont besoin du Mexique, leur deuxième partenaire commercial en importance, et de la Chine, un très important marché pour le secteur automobile des É.-U. » explique M. Tal. Le marché chinois évolue, avec l’arrivée d’une génération d’adolescents qui ont une plus grande propension à consommer que les adolescents américains moyens. Le marché des produits de marque et de grande qualité est en expansion en Chine, où les É.-U. tirent leur épingle du jeu. « En déclenchant une guerre commerciale, vous risquez de perdre ce marché émergent », soutient M. Tal.

9 – Le Canada devrait être en pleine expansion, mais ce n’est pas le cas

Compte tenu des taux d’intérêt bas et du dollar faible, l’économie canadienne devrait enregistrer une croissance enviable. « Notre dollar est passé de la parité à 70 sous. Notre économie devrait être en plein essor! Mais ce n’est pas le cas », s’exclame M. Tal. Selon lui, deux raisons expliquent l’incapacité du secteur manufacturier à transformer la conjoncture actuelle en croissance.

La première est que la période de la parité entre les dollars canadien et américain a entraîné une réduction de 10 % de la capacité industrielle au pays. Cette période « n’était rien d’autre qu’un accident économique ». Nous avons perdu une importante part de marché au profit du Mexique. « Nous devons maintenant rétablir cette capacité industrielle », soutient M. Tal.

La deuxième raison est le ralentissement du secteur manufacturier aux É.-U. « Soixante-dix pour cent de ce que nous exportons aux É.-U. est destiné au secteur manufacturier, qui ralentit en raison de la force du dollar américain », explique M. Tal.

10 – Le marché immobilier canadien pourrait atterrir en douceur

« Selon les données, nous sommes dans une bulle immobilière. En examinant le marché de l’habitation de plus près, nous constatons que nous pourrions atterrir en douceur », pense M. Tal. Les nouvelles règles, adoptées par le gouvernement afin de ralentir le marché en freinant les premiers acheteurs, semblent porter fruit à Vancouver et à Toronto. « Nous verrons une plus grande propension à louer et une augmentation des occasions d’investissement dans des projets d’appartements. »

*Les renseignements contenus dans cet article sont tirés des conseils et des observations de M. Benjamin Tal lors sa présentation dans le cadre du forum sur les prévisions économiques de Richter. De plus, toutes les citations de M. Tal ont été traduites librement de l’anglais. 


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