BIXI : de la reconnaissance mondiale à la faillite

Le 20 janvier 2014, BIXI a déposé un avis d’intention en vertu de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité, et Richter Groupe Conseil Inc. a été nommé syndic.

Le vélo en libre-service est un concept dont le succès ne cesse de se confirmer; les plus grandes métropoles du monde l’adoptent les unes après les autres. Ce système contribue à résoudre à la fois les problèmes liés au stationnement, au vol et à l’entretien des vélos à un prix avantageux pour l’utilisateur, ce qui explique sa grande popularité en milieu urbain.

BIXI (mot-valise résultant de la contraction des mots bicyclette et taxi) est le système de vélos en libre-service commercialisé et exploité par la Société de vélo en libre-service (SVLS), une organisation sans but lucratif créée par la Ville de Montréal. SVLS avait trois activités principales :

  • la gestion du système de vélos en libre-service de la Ville de Montréal en tant qu’exploitant;
  • la vente du système BIXI, des équipements (vélos, stations, etc.) et des pièces de rechange;
  • les services de centre d’appels de plusieurs villes équipées du système BIXI.

Le système BIXI, dont la conception a commencé en 2007, a été inauguré à Montréal en 2009. Il est un des emblèmes de l’expertise et de la créativité québécoises en termes d’ingénierie, de technologie et de design. Des villes comme New York, Londres, Washington, San Francisco, Boston et Chicago l’ont adopté. Il a reçu de prestigieux prix dans le domaine
de l’innovation, du design et du développement durable.

 17 grandes villes du monde s'en sont munies
 3 000 stations vendues
 37 500 vélos vendus

Comment cette réussite a-t-elle pu se transformer en débâcle?

La gestion du système de vélos en libre-service de la Ville de Montréal en tant qu’exploitant
Cette activité est d’une nature structurellement déficitaire dans la plupart des villes du monde, car le vélo en libre-service est conçu comme un service public. Les opérations montréalaises de SVLS n’ont pas fait exception et ont subi de lourdes pertes depuis 2009.

SVLS devait également financer les paiements en capital et les charges financières liés à l’achat des équipements (vélos, stations, etc.) de la Ville de Montréal (financés par un prêt de la Ville). Habituellement, les villes qui adoptent le système BIXI assument elles-mêmes l’achat des équipements.

La vente du système BIXI, des équipements (vélos, stations, etc.) et des pièces de rechange
Cette stratégie de commercialisation du système BIXI à l’échelle internationale visait à ce que les bénéfices de cette activité comblent les déficits enregistrés au titre des opérations de vélos en libre-service de Montréal. Les ventes ont connu un réel succès pour atteindre 57 M$ en 2013, et elles généraient des bénéfices opérationnels depuis 2012.

Mais un débat a été soulevé quant à la légitimité pour SVLS de maintenir des activités commerciales profitables dans le giron des organismes municipaux. Cela a contribué à entretenir un certain flou concernant la stratégie et le plan d’affaires de SVLS.

De plus, le niveau de rentabilité et les flux monétaires résultant des ventes à l’international n’étaient pas suffisants pour couvrir les pertes des opérations de Montréal, essentiellement pour deux raisons :

  • Les villes américaines, qui constituaient une part importante des clients de SVLS pour la vente d’équipements, avaient des contrats qui prévoyaient des paiements échelonnés sur la durée de fabrication des équipements suivis d’un paiement final effectué une fois les systèmes installés, soit des mois après le début de la production.
  • Pour pénétrer ce marché, SVLS utilisait les services d’un intermédiaire qui la représentait auprès de ces villes et qui agissait comme exploitant des systèmes pour les villes. Ce modèle d’affaires faisait de cet intermédiaire le principal client de SVLS aux États-Unis. Malheureusement, la taille réduite de ce dernier rendait impossible l’affacturage des créances de SVLS à son endroit.

Les services de centre d’appels de plusieurs villes équipées du système BIXI
SVLS, dans l’optique de maximiser les revenus de la vente des systèmes BIXI, a fait le choix de maintenir les centres d’appels de certaines villes en interne et d’assurer elle-même une partie du montage des stations. SVLS n’ayant de réelle expertise dans aucun de ces domaines, ces activités se sont transformées en centres de coûts plutôt qu’en centres de profits.

L’élément déclencheur

Le logiciel de gestion du système BIXI du fournisseur de SVLS ne répondait pas à tous les besoins exprimés. SVLS a donc décidé de développer à l’interne son propre logiciel. Une fois la conception achevée, la société a effectué la première implantation du logiciel dans le système de son plus gros « client », la ville de New York, puis à Chicago. L’implantation a rencontré plusieurs problèmes et a accusé un retard de plusieurs mois. SVLS a dû fournir d’importants efforts afin de remédier à ces problèmes.

Quels étaient les objectifs de la restructuration?

À la fin de l’année 2013, SVLS faisait face à un endettement garanti de 37 M$ envers la Ville de Montréal ainsi qu’à des réclamations de clients et d’autres créanciers totalisant 10 M$. De plus, des retenues d’environ 5,4 M$ faites par certains clients mécontents des performances du logiciel de BIXI sont à l’origine de la grave crise de liquidités de SVLS.

La Ville de Montréal ne veut alors plus financer les lourdes pertes de SVLS. Incapable de recueillir des fonds, SVLS n’a eu d’autre choix que de se placer sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité, ce qui a été fait le 20 janvier 2014.

La restructuration de SVLS avait pour objectif de stabiliser sa situation financière afin qu’elle puisse demeurer en exploitation et établir un scénario prévoyant la mise en vente de ses trois secteurs d’activité.

Le 19 avril 2014, un investisseur québécois a acheté les activités de vente des équipements et du système BIXI à l’international ainsi que le centre d’appels pour 4 M$. Le 29 avril 2014, avec l’autorisation de la Cour, la Ville de Montréal a repris pour son compte la gestion des opérations et le contrôle des équipements de vélos en libre-service de Montréal et a décidé de prolonger cette activité pour une année supplémentaire au moins. Le 1er mai 2014, SVLS a fait faillite.

Que se serait-il passé si des mesures de restructuration énergiques avaient été prises avant? Nul ne le sait.

Cependant, la qualité du système BIXI en fait l’un des meilleurs au monde. De plus, le client est relativement captif une fois le système acquis, car il est difficile et coûteux de changer ce système. Ces deux forces du modèle d’affaires de BIXI sont démontrées par le fait que même lorsque SVLS a entamé la procédure d’insolvabilité, les clients ont continué de passer des commandes.

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Auteur:

 Pierre-Olivier Strini

Pierre-Olivier Strini
Conseiller,
Richter Groupe Conseil
pstrini@richter.ca

 

 

Dans les médias:

TVA, Canal Argent
24 novembre, 2014


TVA Nouvelles (voir entrevue à 1 min 23 sec.)
23 novembre, 2014

98,5 FM, "Montréal Maintenant" avec Paul Houde
November 24, 2014
Cliquez ici pour écouter l'entrevue

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