Attention : incertitude économique en vue

L’année 2016 a connu son lot de turbulences et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle a été « intéressante ». Toutefois, pour aller de l’avant, nous ne devons pas perdre de vue d’où nous venons. Alors que nous passons en revue l’année qui vient de se terminer dans le cadre de notre deuxième déjeuner-causerie sur les prévisions économiques, avec M. Douglas Porter, de la BMO, il est plus important que jamais de rester informés et de comprendre ce qui se passe au sein des marchés, en politique et dans d’autres domaines.

Pour jeter un regard vers l’avenir, joignez-vous à nous pour le troisième déjeuner-causerie sur les prévisions économiques, qui aura lieu le mardi 31 janvier, à Toronto, et le mercredi 1er février, à Montréal. Les personnes présentes pourront entendre les prévisions de 2017 de Benjamin Tal, économiste en chef adjoint, Marchés mondiaux CIBC inc.

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Montréal

Richter a eu le plaisir de recevoir M. Douglas Porter, économiste en chef de BMO Groupe financier, dans le cadre d’événements tenus récemment aux bureaux de Richter de Montréal et de Toronto. Au cours d’un déjeuner, l’équipe Richter et des invités spéciaux en ont appris davantage sur ce que réserve l’avenir économique aux investisseurs et aux entreprises.



Les marchés financiers mondiaux avancent avec précaution et le Canada ne fait pas exception. En 2015, la Bourse de Toronto (TSX) est entrée, à un certain moment, en territoire baissier, et de nombreux marchés boursiers dans le monde ont fait de même. Au début de 2016, cette tendance s’est maintenue alors que les prix des marchandises et le dollar canadien ont reculé, que le pétrole a atteint 30 $ le baril et que les rendements obligataires ont chuté partout dans le monde. En fait, tout récemment, les rendements des obligations d’État du Canada à 10 ans ont atteint un creux historique de 1,00 % (étant même inférieurs qu’au cours de la Crise de 1929), alors que les rendements des obligations japonaises et de certaines obligations européennes sont entrés en territoire négatif. Lorsque les rendements mondiaux sont aussi bas, on peut sans se tromper affirmer que l’avenir semble incertain.

Compte tenu des fluctuations économiques de l’année dernière, les taux de croissance des 11 plus importantes économies mondiales ont largement varié. L’Inde et la Chine ont connu une croissance très rapide, les économies industrielles (l’Australie, le R.-U., les É.-U. et le Japon) ainsi que le Mexique ont connu une croissance lente mais stable, alors que la Russie et le Brésil suivaient loin derrière. L’Europe, notamment, a été en mesure de croître plus rapidement que le Canada, un fait à noter compte tenu du nombre d’événements perturbateurs et de difficultés bancaires que le continent a connus au cours de l’année écoulée. Dans l’ensemble, la croissance du PIB réel mondial s’est établie à près de 3 %, bien en deçà de la moyenne à long terme et inférieure aux attentes d’il y a un an. Au mieux, en 2016, on s’attend à ce que les marchés mondiaux ne fassent que maintenir ce rythme.

En Amérique du Nord l’an passé, la divergence entre le Canada et les É.-U. a attiré l’attention. Habituellement, il existe peu d’écart entre les deux en matière de croissance du PIB. La plupart du temps, si le PIB des É.-U. affiche une croissance, celui du Canada suit. À l’heure actuelle, toutefois, les É.-U. ont relativement bien résisté au cours de l’année 2015, avec une croissance d’environ 2,0 % sur 12 mois, alors que la croissance du Canada a diminué de moitié par rapport à l’année précédente, et l’avenir est très incertain.

Pourquoi cet écart est-il soudainement si prédominant? La réponse simple, en un mot : le pétrole. L’économie canadienne reste très dépendante des exportations de pétrole. Même si la production pétrolière américaine a augmenté au cours des dernières années, le pays continue d’en importer une quantité considérable et bénéficie des prix moins élevés, alors que ce n’est pas le cas du Canada. Cela a eu une incidence sur les taux de chômage du Canada de manière draconienne et cette situation se maintiendra. À cet égard, on prévoit que l’écart entre le Canada et les É.-U. se creusera encore davantage. Alors qu’il est prévu que le taux de chômage aux É.-U. reculera pour s’établir à 4,9 % en 2016, le taux canadien devrait se fixer à environ 7 %. Si les É.-U. réalisent un taux de chômage de 4,9 %, il s’agira du troisième taux le moins élevé à l’échelle mondiale. À titre de comparaison, l’Espagne et la Grèce prévoient des taux de chômage respectivement de 20,8 % et de 24,5 %.

Si l’on s’attarde davantage au marché du pétrole brut et à ce qui nous attend, il est important de revoir la manière dont les prix ont fluctué au cours des ans. Le prix moyen du pétrole brut de 1970 à ce jour, en dollars d’aujourd’hui, s’établit à 55 $ US le baril. Bien que le prix historique ne constitue pas une indication solide des attentes futures, cela permet de remettre l’effondrement récent des prix du pétrole en perspective. Selon M. Porter, si la production de pétrole peut être restreinte, un point de vue optimiste établirait le prix moyen à 40 $ US le baril cette année, et à environ 50 $ US le baril l’an prochain, ce qui représente une reprise modeste au cours des quelques années à venir par rapport aux niveaux actuels.



Même dans cette perspective optimiste, les prix du pétrole continueront d’avoir une incidence variable selon les régions du Canada au cours des trois à cinq prochaines années. Alors que les provinces productrices de pétrole brut comme l’Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador étaient premières au pays en termes de ventes au détail, d’emploi et de PIB au cours des 10 dernières années, les choses commencent maintenant à changer. On prévoit que ces provinces dépendantes du pétrole brut perdront du galon en matière de croissance du PIB, alors que les autres provinces afficheront une croissance modeste, créant un portrait très inégal pour l’année à venir. La Colombie-Britannique et le Québec devraient connaître une légère croissance, respectivement de 0,1 % et de 0,4 % du PIB réel, alors que d’autres provinces accuseront un déficit. Bien sûr, les provinces les plus touchées seraient l’Alberta et Terre-Neuve-et-Labrador, dépendantes du pétrole. D’un point de vue budgétaire, le cumul de la dette des provinces canadiennes est maintenant presque égal à la dette fédérale, en raison du recul de cette dernière au cours des récentes années, alors que les dettes provinciales ont grimpé de façon constante. Dans l’ensemble, on s’attend à ce que le Canada affiche un déficit de croissance en 2016.

Afin de mieux relever les défis économiques, le gouvernement fédéral a mené une campagne visant à stimuler l’économie canadienne. Le plan budgétaire libéral précise que le gouvernement est disposé à accepter un léger déficit budgétaire à court terme de moins de 10 G$ au cours des prochaines années afin de gérer le contexte économique difficile. Certaines institutions bancaires et d’autres organisations réclament des dépenses gouvernementales supérieures à celles qui ont été annoncées, ce qui signifie que le déficit fédéral pourrait atteindre 20 G$, et même 30 G$. Pour relativiser cette situation, notons que 20 G$ représentent environ 1 % du PIB, lequel, comme l’a fait remarquer M. Porter, est un ratio vraisemblablement gérable.

À l’échelle régionale, le marché du logement a aussi suscité un vif intérêt en 2016. M. Porter a indiqué avoir reçu de nombreuses questions au cours des derniers mois pour savoir si le marché du logement serait « calme, correct ou s’il s’effondrerait » au cours des années à venir. Depuis 2008, les grandes institutions prédisent que la bulle immobilière crèvera. Pourtant, ce sont la force et la résilience du marché depuis cette année-là qui surprennent. Toutefois, le marché s’est affaibli dans un nombre croissant de villes au cours des années, et la force est maintenant concentrée surtout dans les deux plus importants marchés du pays : Vancouver et Toronto. Le marché de la plupart des autres villes est bien équilibré, alors que les prix des logements ont augmenté de 2 % à 3 %, à l’exception des « villes pétrolières » comme Saskatoon et Calgary, où les prix sont en baisse. Les deux aberrations que sont Vancouver et Toronto racontent une tout autre histoire. Le prix moyen d’une maison unifamiliale à Vancouver a atteint 1,8 M$ en janvier 2016. Selon M. Porter, diverses sources prédisent que ces deux marchés pourraient connaître une correction. Toutefois, en raison de la faiblesse des taux d’intérêt, l’élément déclencheur de cette correction n’est pas encore en vue. En fait, plus de gens que jamais s’installent dans ces deux villes (tant en provenance du pays que de l’étranger), et nous sommes donc encore incertains du moment, ou même de la réalisation, de cette correction.

Une autre préoccupation grandissante a trait à la hausse du fardeau de la dette. Principalement en raison de la dette hypothécaire, l’endettement des ménages a maintenant atteint un sommet jamais vu et continue d’augmenter. L’endettement des ménages canadiens est maintenant plus élevé que celui des ménages américains, ce qui est inhabituel. Toutefois, malgré des sommets canadiens historiques, comparativement au reste du monde, ces niveaux ne sont pas si extraordinaires. Il existe d’autres économies développées (le Danemark et la Norvège, par exemple) qui affichent un endettement des ménages encore plus élevé qu’au Canada. La dette des ménages américains est moins élevée que la moyenne mondiale.

Selon M. Porter, pour relever ces défis économiques et contribuer à diriger l’économie au cours des trois à cinq prochaines années, le Canada doit compter sur les exportations. En plus des dépenses gouvernementales en infrastructures, les exportations sont en bonne position pour aider le Canada à maintenir sa trajectoire au cours des années à venir. Avec l’affaiblissement du dollar canadien, les exportateurs ont de meilleures chances de soutenir la concurrence.

Comme M. Porter l’a expliqué, le recul de 30 % du huard au cours des trois dernières années est imputable à trois facteurs : les prix du pétrole, un dollar américain vigoureux et la réaction de la Banque du Canada à l’égard des défis auxquels font face les exportateurs et les manufacturiers. Dans l’ensemble, selon les prévisions économiques de février de la BMO, le huard se négociera à 0,71 $ US d’ici la fin de l’année et remontera à 0,75 $ US à la fin de 2017. Toutefois, M. Porter nous met en garde : malgré ces prévisions, il y a un risque que le dollar canadien fléchisse au cours des six prochains mois. Richter publie mensuellement une Compilation sur les prévisions des banques relativement aux taux de change et aux taux d’intérêt à laquelle il est possible de s’abonner ici.

La faiblesse du dollar canadien fera des gagnants et des perdants. Les « gagnants » seront les secteurs qui exercent leurs activités à l’échelle internationale, le tourisme en tête. Habituellement, le secteur de la technologie, certains producteurs et le secteur manufacturier en tirent un avantage à long terme également. Toutefois, les diffuseurs, les services publics et les équipes sportives ressentent davantage de pression en raison de la faiblesse du dollar. L’incidence sur les consommateurs canadiens est mixte; bien qu’ils bénéficient de prix de l’énergie moins élevés, ils subissent un effet négatif important en raison de la hausse des prix des importations et des voyages.

Les prix à la consommation ont augmenté de 1,6 % au cours de la dernière année, bien au-delà de ceux des É.-U. et de la plupart des pays industrialisés. Les prix des fruits et des légumes ont mené cette tendance, augmentant de 13 % sur 12 mois. Aux É.-U., ces prix n’ont augmenté que de 0,4 % en un an; le dollar canadien constituerait donc la principale cause de cette augmentation. En outre, les prix des véhicules, des vêtements, des livres et de l’assurance sont aussi en hausse. Inversement, les prix de l’essence commencent à reculer, ainsi que ceux de biens liés à des intrants similaires, comme les billets d’avion, l’équipement sportif et le matériel de loisirs à domicile. Dans l’ensemble, le taux d’inflation est d’environ 1,5 %.

Selon M. Porter, en raison des taux actuels de croissance et d’inflation, on pourrait raisonnablement s’attendre à ce que la Banque du Canada abaisse une fois de plus les taux d’intérêt. Malgré une possibilité réelle, des taux d’intérêt négatifs semblent peu probables à l’heure actuelle. Des taux d’intérêt négatifs ne seraient nécessaires que dans des circonstances extrêmes, comme celles de 2008, que l’économie ne connaît pas actuellement. De plus, on prévoit que la Réserve fédérale augmentera les taux d’intérêt aux É.-U. une fois, ou tout au plus deux fois, au cours de la prochaine année.

En somme, des défis économiques peuvent être observés partout dans le monde. D’ici la fin de l’année, le S&P 500 devrait demeurer stable. M. Porter a expliqué que le marché de Toronto pourrait présenter des occasions à saisir malgré de récentes difficultés. Il a souligné que, bien que cette volatilité mondiale affaiblisse la performance des exportations américaines et les investissements, le climat négatif au sein du marché boursier a été, dans une certaine mesure, exagéré. Toutefois, il est possible que la faiblesse des marchés boursiers contamine la confiance des consommateurs et des entreprises, ce qui pourrait entraîner un assouplissement et des préoccupations accrues relativement aux perspectives économiques mondiales. À la lumière de ces explications, la meilleure perspective pour l’année à venir appelle à la prudence.

Ce qui précède représente les points de vue et les observations de Richter, recueillis lors de la présentation de M. Porter. Cet article n’a pas été revu par ce dernier.


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