Compilation de Richter sur les prévisions des banques relativement aux taux de change et aux taux d’intérêt

Mars 2018

Le huard fait face à des incertitudes; les mesures de stimulation additionnelles pèsent sur le dollar américain

Le dollar canadien a éprouvé des difficultés en mars, reculant jusqu’à son plus bas niveau par rapport au billet vert depuis juin 2017. Parmi les facteurs ayant contribué à ce recul, notons les incertitudes relatives au commerce avec les États-Unis et les commentaires modérés du gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, qui a déclaré, le 14 mars dernier, que « l’économie canadienne recèle un potentiel inexploité qui pourrait prolonger l’expansion économique sans causer de pressions inflationnistes »[1] renforçant ainsi l’idée qu’il est improbable que la Banque du Canada procède à d’autres hausses des taux d’intérêt à ce moment-ci.

La Banque Nationale exprime certaines préoccupations à l’égard de l’ALENA, du marché résidentiel canadien ainsi que des réductions d’impôts et de la déréglementation aux États-Unis qui, pris ensemble, suscitent un climat d’incertitude. Elle demeure toutefois optimiste que le dollar canadien pourra encore s’apprécier malgré la faiblesse du dollar américain, qui se poursuivra probablement compte tenu de la hausse marquée du déficit budgétaire aux É.-U., qui devrait dépasser 1 T$, ou plus de 5 % du PIB, en 2019. La Banque Scotia relève d’autres incertitudes en ce qui a trait au huard, notamment la perte de compétitivité par rapport au régime fiscal américain, les changements relatifs dans les régimes réglementaires des deux pays et l’augmentation des salaires minimums provinciaux. Aux États-Unis, la BMO prévient que la croissance additionnelle du PIB en raison de la Bipartisan Budget Act et de la Tax Cuts and Jobs Act attise des risques d’inflation puisque l’économie présente déjà un écart de production positif et prend de l’expansion à un taux plus élevé que son potentiel. Dans l’ensemble, les banques sondées ne s’entendent pas sur la valeur future de la paire de devises : leurs prévisions s’établissent entre 76,9 et 83,0 ¢ US/CAD d’ici la fin de 2019.

 

Une BCE « patiente, persévérante et prudente »

À la conférence Watchers, le 14 mars dernier à Francfort, le président de la Banque centrale européenne (« BCE »), Mario Draghi, a réitéré la position de la BCE selon laquelle elle n’augmenterait les taux que « bien après » la fin du programme d’assouplissement quantitatif (« QE »). Il a toutefois ajouté que, pour que le QE soit abrogé, « nous devons observer un ajustement durable du taux d’inflation vers notre objectif, soit un taux global légèrement sous la barre des deux pour cent à moyen terme » et il ajoute que « la politique monétaire demeurera patiente, persévérante et prudente jusqu’à ce que des preuves indiquent que les tendances vont dans la bonne direction »[2]. Par conséquent, la stimulation monétaire sera maintenue dans l’Union européenne, à tout le moins à court terme.

La CIBC anticipe que l’euro commencera à prendre de la vigueur au cours de la deuxième moitié de l’année et qu’il augmentera la cadence en 2019. Elle prévoit donc que la paire de devises s’échangera à 58,1 ¢ EUR/CAD d’ici la fin de 2019. La Banque Nationale a indiqué que l’euro est bien positionné pour tirer avantage de la faiblesse du dollar américain, mais elle prévient que la trajectoire de la devise au cours des prochains mois ne sera pas linéaire, puisque certains événements, dont les élections italiennes en mars, pourraient périodiquement susciter de la volatilité. Dans l’ensemble, les banques sondées ne s’entendent toujours pas sur l’avenir de la paire de devises EUR/CAD : les prévisions indiquent qu’elle se négociera entre 58,1 et 64,0 ¢ EUR/CAD d’ici la fin de 2019.

 

La Réserve fédérale américaine maintient le cap avec une hausse en mars, des mesures moins sûres pour la Banque du Canada 

Sans grande surprise, le FOMC a décidé de hausser les taux le 21 mars et a ouvert la voie à deux autres hausses en 2018. Il a réitéré son intention de réduire graduellement la taille de son bilan. La BMO prévoit que l’organisme procédera à trois autres hausses dans la foulée de la Bipartisan Budget Act, mais elle exprime des préoccupations quant aux mesures inflationnistes et protectionnistes. Au Canada, les banques sondées ne s’entendent pas quant au moment d’une prochaine hausse de taux : la BMO, la Banque TD et CIBC s’attendent à ce que la politique de la Banque du Canada soit maintenue jusqu’à la deuxième moitié de l’année. Quant à elles, RBC, la Banque Scotia, la Banque Nationale et Desjardins prévoient une hausse en mai.

 

Tendance continue à la hausse pour les taux de rendement des obligations d’État de deux ans

En date de la présente publication, les taux de rendement des obligations d’État de deux ans du Canada et des États-Unis s’établissaient respectivement à 1,76 % et à 2,31 %. Depuis la publication du mois dernier, les banques ont apporté des ajustements minimes à la baisse par rapport à leurs prévisions pour le taux de rendement des obligations d’État de deux ans du Canada, et des ajustements à la hausse de leurs prévisions pour le taux de rendement de celles des États-Unis. Comme l’a souligné la TD, l’ajustement à la hausse du taux de rendement du Trésor vise à refléter la hausse de l’inflation et du risque de taux d’intérêt, ce qui procure une prime de terme plus élevée. Dans l’ensemble, les banques prévoient que le taux de rendement des obligations d’État de deux ans continuera d’augmenter aux États-Unis et au Canada.

 

Le déficit budgétaire aux États-Unis exerce une pression à la hausse sur le taux de rendement des obligations de dix ans 

Comparativement à notre publication du mois dernier, nous avons observé de légers ajustements à la baisse des prévisions des banques pour le taux de rendement des obligations d’État de dix ans du Canada. À l’opposé, les prévisions comparables aux États-Unis ont été revues à la hausse en réaction à l’évaluation optimiste des perspectives économiques aux États-Unis par le nouveau président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, devant la Chambre des représentants. La confiance de M. Powell dans l’économie a suscité une hausse du taux de rendement des obligations d’État de dix ans des États-Unis, qui a atteint un sommet de 2,92 %. La Banque Nationale souligne que l’augmentation des émissions de titres de créance du gouvernement accroît la pression à la hausse sur les taux de rendement de dix ans. Dans l’ensemble, les taux de rendement des obligations d’État de dix ans devraient augmenter progressivement au Canada et aux États-Unis jusqu’au quatrième trimestre de 2019.

 

Le taux de rendement des obligations à très long terme augmentera aux É.-U. en raison du resserrement du marché du travail et des risques accrus d’inflation

Comme les prévisions des taux de rendement des obligations de deux ans et de dix ans, les prévisions du taux de rendement des obligations d’État à très long terme des États-Unis ont été revues à la hausse de façon marquée. La Banque Nationale observe que le FOMC desserre le frein en prévision du fait que la hausse des taux à long terme pourrait ralentir la croissance. Parmi les facteurs ayant contribué à la hausse du taux de rendement des obligations du Canada et des États-Unis, la BMO relève le resserrement du marché du travail et les risques accrus d’inflation. Dans l’ensemble, les banques sondées prévoient que le taux de rendement des obligations d’État à très long terme se situera entre 3,08 % et 3,45 % au Canada et entre 3,35 % et 3,70 % aux États-Unis.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

[1] https://www.bankofcanada.ca/2018/03/canadian-economy-carrying-untapped-potential/

[2] https://www.ecb.europa.eu/press/key/date/2018/html/ecb.sp180314_1.en.html

 

 

 

 

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