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ALIX LAPKOVSKY, Membre de l’équipe

Camp Jackie

Alix, bénévole dans un camp pour enfants spécialisé dans le deuil.

Quelle est la mission du Camp Jackie?

Le Camp Jackie (qui s’appelait auparavant Camp Erin® Montréal) fait partie d’un vaste réseau nord-américain de camps pour enfants endeuillés. Ce camp offre à des enfants qui ont perdu un être cher de passer un week-end en plein air et de célébrer la mémoire des disparus. Offert depuis trois étés, le camp est dirigé par des animateurs et du personnel qualifié. Le camp a lieu en août, mais des rencontres, notamment au moyen de groupes de soutien, ont lieu tout au long de l’année. Nous avons organisé récemment un spectacle d’artistes amateurs et un karaoké, et en décembre, nous célébrerons les Fêtes. Ces événements qui se déroulent après le camp sont des moments privilégiés, parce que nous avons l’occasion d’approfondir notre relation avec les campeurs tout au long de l’année.

Comment en êtes-vous venue à vous investir dans ce camp?

Ma sœur a été invitée à devenir bénévole par une personne qui était déjà engagée envers le camp. Elle a pensé que nous pourrions faire cette activité ensemble, alors elle m’a demandé de l’accompagner. Avant de s’y rendre, les bénévoles doivent suivre une formation sur le deuil afin de bien se préparer à interagir avec les enfants. Cette formation est tout à fait pertinente, car les enfants endeuillés vivent une foule d’émotions. De plus, ces formations nous permettent de rencontrer les autres bénévoles, ce qui aide à souder l’équipe en vue de vivre un week-end émouvant. Sur les lieux, nous organisons différentes activités liées au deuil, comme la création de tableaux de souvenirs, mais aussi des activités plus habituelles, telles que des joutes sportives et des ateliers de bricolage.

L’été dernier, j’ai été jumelée avec un groupe de filles âgées de 5 à 7 ans qui n’avaient jamais passé la nuit à l’extérieur de la maison. C’était donc la première fois qu’elles étaient séparées de leurs familles. La première journée, nous avons organisé des activités fort agréables, entre autres pour que les enfants apprennent à se connaître. En soirée, les animateurs spécialisés ont tenu une cérémonie lors de laquelle chaque enfant parlait de la personne décédée qui lui était chère et présentait une photo de celle-ci. Ils ont ensuite placé les photos sur le tableau de souvenirs, qui est demeuré affiché pendant tout le week-end. Le lendemain soir, les campeurs ont participé à une « cérémonie des lumières » sur la plage. Les enfants ont déposé une lanterne sur un quai flottant et ont parlé aux autres campeurs de la personne disparue. Ensuite, ils ont laissé voguer leurs lanternes sur l’eau. Le tout s’est terminé par un feu de camp. Ces cérémonies sont très intimes et constituent des moments précieux qui font visiblement beaucoup de bien aux campeurs.

Pourquoi l’engagement communautaire vous tient-il à cœur?

Tout d’abord, je crois que nous avons tous le devoir d’aider notre communauté. Chaque geste, aussi petit soit-il, peut faire une grande différence. Ma mère est décédée quand j’avais 21 ans. Si j’avais eu accès à un camp comme Camp Jackie, j’aurais pu rencontrer des gens qui vivaient les mêmes choses que moi et apprendre comment d’autres surmontaient leur deuil. Mais je dois dire que j’ai eu la chance d’être bien entourée et d’avoir de l’aide quand j’en ai eu besoin. Je sentais donc que je devais redonner au suivant et faire tout ce qui était en mon pouvoir pour aider d’autres personnes. Et lorsque je vois que je rends les gens heureux et que je contribue, à ma façon, à rendre le monde meilleur, ça me fait chaud au cœur.

Avez-vous fait face à des défis depuis que vous avez commencé à faire du bénévolat?

Les enfants qui fréquentent le camp vivent des moments difficiles, ce qui vient avec son lot d’émotions. C’est dur de les voir tenter de traverser leur deuil. Mais ce week-end est pour eux, et non pour nous. La formation que suivent les bénévoles leur apprend à être à l’écoute. Notre priorité est d’être là pour aider les enfants. Nous ne devons pas partager nos histoires, sauf si les campeurs le demandent.

Qu’avez-vous appris de cet engagement?

Les enfants, et tout particulièrement les plus jeunes, vivent leur deuil de toutes sortes de façons. Ils ne savent pas trop comment gérer leurs émotions. Certains font des crises de colère, alors que d’autres sont plus réservés. Si un enfant traverse un moment difficile au camp, c’est fort probablement parce que la personne disparue lui manque. La gamme d’émotions provoquées par le deuil est impressionnante. En tant que bénévole, on espère sincèrement que ce week-end sera bénéfique pour les enfants même après qu’ils aient quitté le camp, afin qu’ils se sentent moins seuls qu’à leur arrivée. Quelques campeurs m’ont avoué qu’ils n’avaient personne à qui se confier avant de venir au camp et de rencontrer d’autres enfants qui vivent la même chose qu’eux. Le père d’une campeuse m’a aussi dit que sa fille avait attendu toute l’année avec impatience le moment de venir au camp. De tels témoignages nous font prendre conscience de l’importance de ce projet et de l’effet bénéfique de l’aide que nous apportons aux enfants endeuillés.