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Femmes et immobilier : la partie n’est pas encore gagnée

Article rédigé par Charles-Étienne Carrier et publié dans le magazine Premières en affaires.

L’immobilier regroupe un vaste champ de professions, et les femmes parviennent graduellement à se faire entendre dans ce milieu traditionnellement dominé par les hommes.

De la construction aux fonds d’investissement, en passant par les communications et la gestion, elles font leur place, mais la partie est loin d’être gagnée. Que reste-t-il à faire pour que les hommes et les femmes se partagent équitablement les rôles en immobilier? Premières en affaires a posé la question à celles qui sont aux premières loges.

Les différentes études qui se penchent sur la présence des femmes dans l’immobilier démontrent que beaucoup de chemin a été parcouru dans les dernières années. « Nous sommes à même d’observer, au quotidien, qu’il y a du changement positif. Les femmes s’intéressent autant au développement immobilier, qu’à la gestion ou au support professionnel », lance d’entrée de jeu Chantal Cousineau, associée, chef des services professionnels du secteur immobilier et construction chez BDO et membre du conseil d’administration de CREW M. Elle note néanmoins la présence d’une barrière importante : la force du réseau. « Les femmes accordent beaucoup d’importance aux compétences. C’est pourtant le réseau qui nourrit le développement de carrière. » Et même si de plus en plus d’organisations se donnent comme mission de les soutenir, encore faut-il qu’elles osent se lancer pour briser le plafond de verre.

AUDACE
NOM FÉMININ (LATIN AUDACIA, DE AUDERE, OSER)
HARDIESSE QUI NE CONNAÎT NI OBSTACLE NI LIMITE; COURAGE

Nathalie Palladitcheff occupe depuis mars 2018 la présidence d’Ivanhoé Cambridge. Selon elle, un des éléments clés pour en être arrivée là est la confiance envers ses choix dont elle a su faire preuve. Elle admet du même souffle que pour bien des femmes, cette capacité à se faire confiance n’est pas acquise : « Nous sommes moins préparées, en tant que jeunes filles ou jeunes femmes, à nous faire confiance, à avoir confiance en notre instinct, notre intuition, nos choix. » Pourtant, bien des hommes qui vivent le succès dans leur carrière font preuve d’une confiance inébranlable, d’audace et de cran. Et chez les femmes? « On parle de fantaisie, on donne à l’audace une connotation quasi frivole ou même négative, remarque la dirigeante. Un homme qui vit des aventures professionnelles différentes sera vu comme audacieux et entreprenant. Dans ma génération, le fait d’avoir le courage de ses opinions et de ses choix rend les femmes vulnérables à la critique. Et c’est exactement là où il faut avoir confiance en soi. »

SUIVRE SON INSTINCT

L’audace, c’est une chose. L’intuition en est une autre. Et lorsqu’on est une femme, cette petite voix intérieure qui motive telle et telle décision est peut-être plus difficile à écouter. Stéphanie Lincourt, associée chez Richter, CPA auditrice qui se spécialise dans le domaine immobilier, n’a jamais eu le sentiment qu’on la traitait différemment parce qu’elle était une femme. Par contre, elle admet qu’il devient de plus en plus difficile de faire son chemin : « On a des idées différentes et notre façon de communiquer l’est aussi. Le plus difficile est sans doute de suivre son intuition et se faire confiance. » Âgée de 39 ans, celle qui a aussi été présidente de CREW M reconnaît qu’à ce titre, il y a une ouverture d’esprit au Québec qu’on ne retrouve pas ailleurs au Canada ou aux États-Unis, même s’il reste encore quelques tabous dans certains milieux.

LE POUVOIR DES NOUVELLES GÉNÉRATIONS

La situation évolue pour le mieux, surtout que les modèles de réussite se multiplient. Andrée De Serres est titulaire de la Chaire Ivanhoé Cambridge d’immobilier depuis 2011 et professeure à l’ESG UQAM. Dans son équipe de chercheurs, assistants de recherche et professionnels, elle veille à préserver la parité. Est-ce donc dire que les jeunes femmes sont moins exposées à la prédominance des hommes dans le monde de l’immobilier? « Il y a certainement une amélioration, assure la chercheure qui croit beaucoup au potentiel de cette nouvelle vague. Plus on voit des femmes qui occupent des postes importants et qui sont visibles, plus ça stimule et encourage les jeunes à s’engager. » La situation demeure toutefois largement inégalitaire : les femmes sont encore sous représentées dans les métiers du courtage commercial et de la construction.

GARDER LE CAP, ATTEINDRE SES OBJECTIFS

Pour la nouvelle génération, rien n’est impossible. Pourtant, bien des femmes, en début de carrière, aspirent à des postes décisionnels sans parvenir à gravir les échelons. « Pourquoi ne pas encourager les jeunes femmes qui expriment une motivation au départ? On les perd sur le chemin de la haute hiérarchie, analyse Nathalie Palladitcheff : dix ans plus tard, ce ne sont pas elles que l’on voit sur les rangs de la vice-présidence. » Pour faire du secteur un milieu plus inclusif, un constat s’impose. C’est en ayant de plus en plus de femmes en tête de file que la parité sera atteinte. Parce que, pour les jeunes, ces femmes audacieuses deviennent des modèles probants de réussite, des exemples dont le potentiel est non négligeable. Il ne faut donc pas sous-estimer la portée de ces modèles.