Prévisions économiques 2026 de Richter pour le Canada : Composer avec l’incertitude commerciale, les taux d’intérêt et le marché de l’habitation

Publié le 25/02/2026

Les Prévisions économiques annuelles de Richter ont donné lieu à un échange approfondi avec Benjamin Tal, directeur général et économiste en chef adjoint chez CIBC Marchés des capitaux, autour des forces économiques qui façonneront l’environnement canadien en 2026. Animée par Matthew Fantauzzi et Shahaf Ozgaon, associés chez Richter, la discussion a porté sur l’incertitude commerciale persistante, les perspectives de taux d’intérêt, l’état du marché de l’habitation, les investissements liés à l’intelligence artificielle et leurs répercussions possibles sur les entreprises et les familles canadiennes. Cet article en résume les principaux constats.

TARIFS DOUANIERS, COMMERCE ET PERSPECTIVES POUR 2026

La politique commerciale demeure l’un des principaux facteurs d’incertitude pour l’économie canadienne cette année. Malgré l’omniprésence des manchettes sur les tarifs, une part importante des échanges entre le Canada et les États-Unis continue de se faire dans le cadre des protections prévues par l’ACEUM. Selon la discussion, l’impact réel des tarifs sur le Canada se situerait davantage autour de 8 %, notamment parce que de nombreuses transactions échappent encore au régime tarifaire.

Des pressions ciblées plutôt que généralisées
Plutôt qu’une application large et uniforme des tarifs, les pressions commerciales devraient rester concentrées dans certains secteurs précis. L’acier et l’automobile ont été identifiés comme des secteurs sensibles de façon récurrente. À l’inverse, l’aluminium pourrait être plus difficile à utiliser comme levier, compte tenu de la dépendance américaine à l’approvisionnement canadien. Les secteurs des produits laitiers et du bois d’œuvre, pour leur part, pourraient refaire surface comme points de friction dans les négociations.

Une diversification souhaitable, mais graduelle
La diversification des relations commerciales demeure un objectif logique, mais complexe à concrétiser. Les contraintes liées à la distance et aux coûts limitent l’ampleur de cette diversification et la dépendance du Canada envers le marché américain devrait rester marquée à court terme.

L’incertitude affecte d’abord la confiance
Même lorsque l’impact direct des tarifs est limité, l’incertitude peut freiner les décisions d’embauche et d’investissement. Une orientation politique plus claire, même imparfaite, peut rapidement améliorer le climat économique.

THE BANK OF CANADA

Inflation
L’inflation représente un frein moins important à court terme qu’il y a un an, alors que la croissance demeure modeste. Les perspectives évoquées situent la croissance du PIB du quatrième trimestre près de zéro, avec un taux de chômage qui reste relativement élevé.

Taux d’intérêt
La Banque du Canada a été décrite comme ayant complété son cycle d’ajustement des taux pour le moment. Le taux directeur, établi à 2,25 %, devrait demeurer stable pendant un certain temps et toute surprise éventuelle serait plus susceptible d’aller à la baisse qu’à la hausse. Un retour des hausses de taux n’est pas envisagé avant mi-2027.

RISQUE DE RÉCESSION ET PROJECTIONS ÉCONOMIQUES

Le risque de récession a été abordé avec prudence, sans tomber dans l’alarmisme. Même si le Canada ne se trouve pas nécessairement en récession au sens propre du terme, la situation peut néanmoins être ressentie comme telle lorsque la croissance est presque nulle. Dans un contexte où le PIB stagne, il suffit d’un léger choc économique pour faire basculer l’économie en récession.

La politique budgétaire a été perçue comme offrant peu de soutien immédiat, une grande partie des dépenses étant orientée vers des investissements à plus long terme. Dans ce contexte, la politique monétaire demeure le principal levier de stabilisation à court terme, alors que le marché de l’habitation et l’investissement des entreprises cherchent à se normaliser.

HABITATION, ACCESSIBILITÉ ET RENOUVELLEMENTS HYPOTHÉCAIRES

Le logement continue de freiner l’économie canadienne. Le rythme des mises en chantier a ralenti, l’activité se concentrant davantage sur l’achèvement des projets existants que sur de nouveaux développements. L’économie ressent toujours le poids de cette inertie.

Copropriétés et maisons unifamiliales: un marché à deux vitesses
Le marché des copropriétés a été décrit comme étant en récession, les unités de plus petite taille subissant les reculs les plus marqués. Aucune normalisation n’est attendue en 2026, ni même en 2027, avec des pressions persistantes sur les prix à Toronto et Vancouver, mais aussi à Montréal et Ottawa. À l’opposé, le marché des maisons unifamiliales se porte relativement bien, soutenu par un inventaire limité et une demande solide.

Accessibilité et offre
Les coûts élevés de construction ont été identifiés comme un frein majeur à la création de nouveaux logements. Lorsque les projets ne sont pas viables sur le plan économique, les promoteurs hésitent à aller de l’avant, ce qui limite l’offre et accentue les enjeux d’accessibilité. Des mesures visant à réduire les coûts de construction et de développement ont été mises de l’avant comme étant essentielles pour atténuer la crise du logement.

Renouvellements et choc de paiements
Les renouvellements hypothécaires prévus en 2026 s’annoncent plus difficiles que ceux des années précédentes. Le refinancement est plus complexe en raison de taux d’intérêt plus élevés qu’il y a cinq ans et de la baisse des prix dans certaines régions de la Colombie-Britannique et de l’Ontario, ce qui réduit les marges de manœuvre. On estime que 5 % à 6 % des emprunteurs pourraient faire face à une hausse de paiements de plus de 40 %.

Les prêteurs interviennent plus tôt et prolongent les périodes d’amortissement, parfois jusqu’à 40 ans, afin d’atténuer le choc. Bien que les taux de délinquance en début de cycle puissent augmenter, les risques pour la stabilité financière globale n’ont pas été jugés préoccupants.

MAIN-D’ŒUVRE, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET PRODUCTIVITÉ

L’intelligence artificielle a été présentée comme un phénomène de long terme, souvent surestimé à court terme et sous-estimé à long terme. Avec le temps, son adoption risque d’accentuer l’écart entre les entreprises qui investissent et celles qui ne le font pas, les transformations les plus marquantes devant se déployer sur un horizon de cinq à dix ans.

L’essentiel à retenir
L’IA est vue comme un outil, non comme un substitut direct à l’emploi. Cela dit, les personnes et les entreprises qui l’utilisent auront un net avantage sur celles qui s’en abstiennent. Dans un contexte de faible croissance de la productivité au Canada, le message est clair : l’adoption et l’investissement de l’IA deviennent incontournables pour demeurer compétitifs.

REGARD VERS L’AVENIR : INCERTITUDE ET TRAJECTOIRES ÉCONOMIQUES

Les perspectives pour 2026 sont marquées par une incertitude persistante, notamment en matière de politique commerciale, de confiance, d’anticipations de taux d’intérêt et de réalités liées à l’offre de logements.

Parmi les éléments à surveiller figurent l’évolution de la portée des mesures commerciales, la stabilité ou l’éventuelle baisse des taux si la croissance s’essouffle, ainsi que la capacité des politiques publiques à réduire de façon concrète les coûts et les délais de construction résidentielle. Les renouvellements hypothécaires demeurent également un enjeu clé, en particulier pour le segment de 5 % à 6 % des emprunteurs exposés à des hausses de paiements importantes. Enfin, le rythme d’adoption de l’IA sera déterminant pour soutenir la productivité à moyen terme.

Pour les entreprises et les familles qui naviguent dans cet environnement économique en mutation, l’équipe de Richter accompagne ses clients afin d’évaluer les risques, planifier avec rigueur et repérer les occasions malgré l’incertitude. Pour discuter de l’application concrète de ces constats à votre situation, communiquez avec Matthew Fantauzzi, associé, Fiscalité, ou Shahaf Ozgaon, associé, Audit.