Lettre trimestrielle de la cheffe des placements de RFO Capital – T1 2026

Publié le 13/05/2026

Premier trimestre 2026 | Revue des marchés et perspectives de portefeuille 

Le premier trimestre de 2026 a été marqué par une rupture importante des attentes des marchés. Les investisseurs avaient amorcé l’année avec des préoccupations déjà bien connues : une inflation persistante, l’incertitude entourant la politique monétaire et la réévaluation des bénéficiaires de l’intelligence artificielle. Ce que les marchés n’avaient pas anticipé, toutefois, était le déclenchement du conflit au Moyen-Orient fin février, qui a rapidement redéfini le profil de risque de plusieurs catégories d’actifs et rendu obsolètes, en quelques jours seulement, de nombreuses hypothèses de positionnement établies en début d’année. 

Le trimestre a ainsi été caractérisé par un contexte où la diversification a récompensé les investisseurs patients, où l’exposition concentrée aux titres de croissance a subi des pressions importantes et où l’environnement macroéconomique est passé d’une normalisation graduelle à une véritable incertitude. Pour les investisseurs à long terme, cette période rappelle avec justesse que la résilience d’un portefeuille prend toute son importance lorsque les marchés changent brusquement de direction. 

 

Rendement des marchés – aperçu du T1 2026 

Le premier trimestre a donné lieu à une importante revalorisation des marchés boursiers, de l’énergie et des titres à revenu fixe, alors que les attentes inflationnistes, les risques géopolitiques et le leadership des marchés ont évolué rapidement. Les données ci-dessous illustrent les principaux mouvements qui ont marqué le trimestre. 

Indicateur Rendement/Variation Contexte 
S&P 500 (rendement total T1) -4,3 %  Recul attribuable à la performance des « Magnificent 7 » et à la dévalorisation des titres de fournisseurs de logiciels (« SaaS ») 
Titres d’éditeur de logiciels américains -23 %  Du 1er janvier au 27 février, avant le conflit iranien
Pétrole brut WTI (variation T1) +70 %  Niveau le plus élevé depuis la mi-2022
MSCI Marchés émergents -0,1 %  Résilience malgré l’aversion au risque en fin de trimestre
MSCI Asie hors Japon -1,1 %  Impact de la dépendance énergétique régionale
Obligations mondiales de qualité supérieure -1,3 %  Hausse des taux liée à la revalorisation de l’inflation
Obligations américaines à rendement élevé -0,5 %  Meilleur rendement que les obligations européennes à haut rendement (-1,7 %)
Obligations gouvernementales européennes -0,6 %  La Banque Centrale Européenne a évoqué la possibilité de nouvelles hausses de taux
Obligations gouvernementales japonaises -1,6 %  Prime de risque accrue liée aux incertitudes électorales

Trois thèmes de marché qui ont défini le T1 2026 

1) Perturbation liée à l’IA et revalorisation du risque

L’un des thèmes dominants du trimestre a été la réévaluation par les marchés des entreprises susceptibles d’être fragilisées par l’accélération des capacités en intelligence artificielle. Les sociétés de logiciels en tant que service (SaaS), longtemps valorisées pour leurs revenus récurrents, leurs marges élevées et leurs barrières à la sortie, ont subi des pressions importantes alors que les investisseurs ont commencé à remettre en question la pérennité de leurs avantages concurrentiels face aux nouvelles capacités de l’IA. Les titres d’éditeur de logiciels américains ont chuté de 23 % entre le 1er janvier et le 27 février seulement. 

Les grandes sociétés de plateforme technologiques , notamment Microsoft, Nvidia et Apple, ont également pesé sur les indices boursiers, malgré des fondamentaux toujours solides. Ce qui a changé n’était pas la qualité opérationnelle de ces entreprises, mais plutôt la volonté des marchés de continuer à récompenser une concentration aussi importante aux mêmes niveaux de valorisation. 

Cette rotation a toutefois eu un effet positif. Après plusieurs années où le rendement du S&P 500 était largement dominé par un groupe restreint de grandes sociétés technologiques de croissance, l’élargissement du marché s’est amélioré de façon significative. La société moyenne du S&P 500 a surpassé l’indice de près de cinq points de pourcentage au premier trimestre. Les titres de valeur, les sociétés à petite capitalisation et les entreprises axées sur les dividendes ont connu un regain d’intérêt. 

Selon l’équipe d’investissement de RFO, cette évolution renforce un principe fondamental particulièrement pertinent pour le capital familial : la diversification demeure essentielle, surtout lorsque le rendement des marchés repose depuis longtemps sur un groupe limité de leaders. 

2) Le conflit au Moyen-Orient et ses répercussions sur les marchés

Le principal choc macroéconomique du trimestre est survenu durant la dernière semaine de février avec le déclenchement du conflit impliquant l’Iran. Les marchés pétroliers ont immédiatement réagi. Après avoir déjà progressé plus tôt dans le trimestre en raison des inquiétudes liées à l’offre, les prix du pétrole ont fortement augmenté à mesure que le conflit s’intensifiait. Le WTI affichait une hausse de plus de 70 % à la fin du trimestre, atteignant son niveau le plus élevé depuis la mi-2022. 

Le détroit d’Ormuz est rapidement devenu un point central pour les marchés, compte tenu de son importance stratégique pour les flux énergétiques mondiaux et de sa pertinence particulière pour les économies asiatiques. 

Les effets inflationnistes se sont fait sentir rapidement. La hausse des prix de l’essence a ajouté de nouvelles pressions à un contexte inflationniste déjà préoccupant, tandis que les marchés obligataires ont fortement réduit leurs anticipations de baisses de taux d’intérêt. En mars, la Réserve fédérale américaine a adopté une position restrictive en maintenant les taux inchangés, tout en révisant à la hausse ses attentes inflationnistes. 

Pour les marchés émergents, les conséquences ont également été immédiates. Les actions des compagnies de la région Asie-Pacifique ont subi des pressions en raison de leur dépendance structurelle aux importations énergétiques, tandis que le rendement global des marchés émergents n’a été soutenu que par la vigueur de certains marchés liés à l’IA au début du trimestre. 

3) L’évolution du contexte tarifaire américain

Une décision juridique majeure a également transformé l’orientation de la politique commerciale américaine durant le trimestre. La Cour suprême des États-Unis a invalidé l’utilisation de « l’International Emergency Economic Powers Act » pour justifier les tarifs douaniers réciproques généralisés annoncés en 2025. En réponse, l’administration américaine s’est tournée vers un tarif uniforme de 10 % sur toutes les importations. 

Cette décision comporte des implications importantes pour les entreprises et les investisseurs. On estime que plus de 330 000 importateurs ont payé entre 165 et 170 milliards de dollars américains en droits de douane dans le cadre du régime désormais invalidé. Bien qu’aucun mécanisme automatique de remboursement n’ait encore été confirmé, un processus est en cours d’élaboration. 

Pour les entreprises concernées, cette situation pourrait représenter un éventuel soutien à la liquidité, bien qu’incertain, tout en offrant progressivement un léger effet désinflationniste. Dans un trimestre déjà marqué par des chocs inflationnistes et des perturbations géopolitiques, cette évolution de la politique tarifaire a ajouté une variable importante aux perspectives économiques et boursières. 

Une personne qui lit la lettre trimestrielle de la cheffe des placements

CONTEXTE MACROÉCONOMIQUE 

1) Croissance

Les États-Unis ont amorcé 2026 dans le prolongement de l’élan inégal observé en 2025. La croissance réelle du PIB avait ralenti fortement pour atteindre un rythme annualisé de 0,7 % au quatrième trimestre de 2025, après la forte progression de 4,4 % enregistrée au troisième trimestre. Les dépenses de consommation ont ralenti, les dépenses gouvernementales ont diminué à la suite de la fermeture de l’administration fédérale de 43 jours et les exportations ont effacé leurs gains antérieurs. 

À la fin du premier trimestre, le modèle de prédiction de la Fed d’Atlanta indiquait une croissance approximative de 2,0 % pour le T1 2026, laissant entrevoir une certaine stabilisation. Dans le cadre de sa consultation Article IV de 2026, le FMI prévoyait une croissance du PIB américain de 2,4 % pour l’ensemble de l’année, ce qui correspond globalement au consensus du marché. 

Le principal risque associé à ce scénario demeure clair : si les prix du pétrole demeurent structurellement élevés, la probabilité d’une récession d’ici la fin de l’année augmente considérablement. À la fin du trimestre, les marchés évaluaient ce risque à environ 37 %. Ce niveau ne traduit pas un état de panique, mais reflète néanmoins des perspectives plus fragiles, où les coûts énergétiques élevés, le resserrement des conditions financières et l’affaiblissement du consommateur pourraient commencer à se renforcer mutuellement. 

2) Inflation et politique des banques centrales

L’inflation a amorcé l’année 2026 dans un contexte déjà inconfortable. L’indice PCE de base était presque de 3 %, tandis que les pressions sur les prix en amont de la chaîne d’approvisionnement continuaient de s’intensifier. Le choc énergétique, lié au conflit au Moyen-Orient, a accentué ces préoccupations et complexifié davantage le travail des banques centrales. 

En mars, la Réserve fédérale américaine a maintenu une posture restrictive, reconnaissant que les données économiques ne justifiaient pas encore des baisses de taux et que le risque d’une nouvelle accélération inflationniste demeurait important. 

D’autres grandes banques centrales ont fait face à des arbitrages similaires. La Banque centrale européenne a maintenu ses taux inchangés, tout en indiquant que de nouveaux resserrements pourraient devenir nécessaires compte tenu de la hausse de l’inflation liée à l’énergie. Ses prévisions tablaient sur une inflation globale de 3,1 % dans la zone euro au deuxième trimestre de 2026, bien que cette estimation ait été établie avant l’intensification du conflit. 

La Banque du Japon a également laissé sa politique inchangée, tout en signalant une sensibilité accrue aux risques inflationnistes plutôt qu’aux risques de ralentissement économique. Pour les investisseurs, le message est clair : le chemin vers des taux d’intérêt plus bas est devenu plus incertain et les politiques monétaires demeurent limitées par les pressions inflationnistes. 

3) Marché du travail et santé du consommateur

Le marché du travail américain a amorcé 2026 dans un contexte de dynamisme modéré. L’économie a créé 130 000 emplois en janvier, tandis que le taux de chômage a légèrement reculé à 4,3 %. Le nombre de postes vacants est tombé à 6,5 millions, son niveau le plus faible depuis plus de cinq ans. 

Même si le marché de l’emploi ne s’est pas détérioré de façon marquée, les données indiquent un contexte plus faible et moins dynamique que celui auquel les investisseurs s’étaient habitués au cours des dernières années. 

Sous la surface, les signes de pression étaient plus visibles. Les taux de défaut sur les prêts automobiles, les cartes de crédit et les prêts étudiants ont atteint des sommets pluriannuels et, dans certains cas, des niveaux comparables à ceux observés durant la crise financière de 2008. Les faillites très médiatisées de Saks Fifth Avenue et Eddie Bauer ont mis en lumière la vulnérabilité des entreprises fortement endettées dans un environnement marqué par une demande plus faible et des coûts de financement élevés. 

Pour les investisseurs et les propriétaires d’entreprise, ces signaux sont importants puisqu’ils reflètent la santé du consommateur et la résilience du cycle économique dans son ensemble. 

4) Marchés du crédit et crédit privé

Les marchés publics du crédit se sont affaiblis durant le trimestre à mesure que le contexte géopolitique se détériorait et que les inquiétudes inflationnistes refaisaient surface. Les écarts de crédit se sont élargis tant dans les titres de qualité supérieure que dans les obligations à rendement élevé, tandis que la dette des marchés émergents reculait de 1,1 % sous l’effet de la vigueur du dollar américain et d’une plus grande aversion au risque. 

Les marchés du crédit n’ont pas connu de désordre majeur, mais l’environnement est devenu plus sélectif et moins tolérant. 

Dans le crédit privé, les fragilités apparues en 2025 ont continué de susciter l’attention. Les faillites publiques de plusieurs entreprises financées par le crédit privé ont accentué l’attention portée à la rigueur de la souscription, aux protections contractuelles et à la qualité des gestionnaires. 

Nous croyons que la sélectivité deviendra un moteur de rendement de plus en plus important dans les marchés privés au cours des prochaines années. À mesure que le capital devient plus exigeant, l’écart de performance entre les prêteurs, les structures et les pratiques de souscription solides et plus faibles devrait s’accentuer. 

POSITIONNEMENT DE PORTEFEUILLE ET NOTRE RÉFLEXION ACTUELLE

La diversification a été validée. Le premier trimestre a renforcé la valeur d’une construction de portefeuille disciplinée. La rotation hors des grandes sociétés technologiques de croissance fortement concentrées n’était pas simplement un renversement temporaire. Elle reflétait une véritable revalorisation des attentes de rendement ajusté au risque. 

À notre avis, cette évolution soutient l’importance d’une exposition équilibrée entre les facteurs, les régions géographiques et les catégories d’actifs, plutôt qu’une dépendance à un nombre limité de moteurs de rendement. Pour les familles fortunées et les investisseurs à long terme, il s’agit d’un élément essentiel dans la construction de portefeuilles conçus pour traverser plusieurs cycles de marché. 

La thèse d’investissement liée à l’IA demeure intacte, mais exige davantage de nuance. Nous continuons de croire que le potentiel à long terme de l’intelligence artificielle reste solide, mais les occasions deviennent de plus en plus différenciées. Les pressions qui touchent certains modèles d’affaires des éditeurs de logiciel traditionnels sont réelles, et les marchés commencent désormais à refléter cette distinction. 

Nous demeurons concentrés sur la différenciation entre les infrastructures technologiques, où les investissements en capital et les révisions bénéficiaires demeurent favorables, et les acteurs établis qui font face à des perturbations croissantes. Selon nous, la prochaine phase de l’investissement en IA reposera moins sur l’enthousiasme généralisé et davantage sur une sélection rigoureuse, une discipline de valorisation et une compréhension claire de la thèse d’investissement. 

MOT DE LA FIN

Le premier trimestre de 2026 rappelle que les chocs de marché surviennent rarement de façon ordonnée. Les décisions prises durant les périodes plus stables — particulièrement en matière de diversification et de concentration — sont souvent celles qui comptent le plus lorsque les conditions changent brusquement. 

Nous évoluons actuellement dans un environnement de marché façonné par l’interaction entre la géopolitique, les prix de l’énergie, l’inflation, la politique monétaire et les perturbations technologiques. Selon nous, il ne s’agit pas d’un moment pour réagir impulsivement, mais plutôt pour faire preuve de discipline. C’est le moment de demeurer sélectif, d’évaluer avec lucidité les risques qui sont réellement rémunérés et de s’assurer que les décisions de portefeuille demeurent alignées avec les objectifs à long terme. 

Comme toujours, nous demeurons disponibles pour discuter plus en détail de votre positionnement de portefeuille et de vos perspectives de placement. 

Sincèrement, 

Anik Lanthier
Cheffe des placements, RFO Capital
Avril 2026