Investir dans les secteurs de rupture pour les familles très fortunées : l’importance de la diligence raisonnable et de la crédibilité du chef des placements

Publié le 17/09/2026

Pour les familles très fortunées, l’attrait des investissements dans les secteurs de rupture est facile à comprendre. L’intelligence artificielle, la transition énergétique, l’innovation en santé, les sciences de pointe et d’autres tendances de long terme transforment les industries, les modèles d’affaires et les façons de créer de la valeur au fil du temps.

Dans un portefeuille structuré en fonction d’objectifs précis, ces occasions peuvent prendre la forme de ce que nous appelons une « allocation aux secteurs de rupture » : une portion du patrimoine consacrée aux ambitions à long terme de la famille qui permet d’investir selon ses convictions tout en recherchant un potentiel de croissance exceptionnel.

Ces investissements se distinguent autant par leur potentiel que par leur complexité. Ils s’inscrivent généralement dans une perspective de long terme, sont souvent peu liquides et présentent des caractéristiques propres à chaque occasion. Leur rendement dépend moins des mouvements généraux du marché que de la qualité de l’exécution, de la solidité des avantages concurrentiels, des tendances structurelles à l’œuvre et de la capacité à s’entourer des bons gestionnaires et partenaires.

Un rôle bien distinct dans le portefeuille familial

Cette distinction est fondamentale. Une famille multigénérationnelle peut prendre des risques réfléchis dans cette portion de son portefeuille précisément parce que le reste de son patrimoine a été structuré autour d’autres priorités.

Lorsque cette allocation est établie avec soin et encadrée par une gouvernance rigoureuse, elle permet à la famille de participer aux grandes transformations de l’économie sans compromettre l’équilibre de l’ensemble de son patrimoine.

La question n’est donc pas de savoir s’il faut éviter le risque. Il s’agit plutôt de déterminer si ce risque est assumé de façon intentionnelle, s’il est proportionné et s’il s’inscrit de manière cohérente dans l’ensemble de la situation financière de la famille.

Pourquoi les secteurs de rupture exigent une approche différente

L’investissement traditionnel repose souvent sur des données facilement accessibles : cours des titres sur les marchés publics, analyses d’experts, liquidité quotidienne, comparaisons avec des indices de référence et historique détaillé de l’information financière. Les investissements dans les secteurs de rupture offrent rarement les mêmes repères. Bon nombre des occasions les plus intéressantes se présentent plus tôt dans le parcours d’une entreprise, avant que le marché arrive à maturité, que le modèle d’affaires ait fait ses preuves et que les investisseurs des marchés publics puissent y accéder.

Cette réalité prend d’autant plus d’importance que les entreprises demeurent privées plus longtemps. Selon des données de Renaissance Capital citées par CNBC, l’âge médian des entreprises au moment de leur entrée en bourse atteignait 13 ans en 2025, comparativement à 10 ans en 2018. Cette évolution est notamment soutenue par la croissance du capital privé et d’autres sources de financement qui permettent aux entreprises de poursuivre leur expansion sans avoir à se tourner rapidement vers les marchés publics [1]. Une part importante de la création de valeur associée aux innovations de rupture se produit donc désormais avant même l’entrée en bourse.

Pour les familles qui souhaitent profiter de ces occasions, les marchés privés sont devenus une voie d’accès de plus en plus importante. Cette évolution relève toutefois les exigences en matière de sélection. Lorsqu’un capital est engagé pour plusieurs années dans des placements peu liquides, il ne suffit plus d’avoir choisi la bonne tendance. Il faut aussi s’être associé aux bons gestionnaires pour en tirer parti. On parle parfois de prime d’accès pour désigner cette capacité à investir dans les entreprises privées les plus prometteuses par l’intermédiaire de gestionnaires qui disposent des réseaux et de l’expertise nécessaires.

Les placements privés sont, par nature, peu liquides. Ils ne sont généralement pas négociés sur les marchés publics et il n’existe pas toujours de marché continu permettant d’acheter ou de vendre facilement une participation. Les engagements peuvent également s’étendre sur une période de 10 à 12 ans, du placement initial jusqu’à la distribution finale du capital. Lorsqu’un investisseur souhaite se retirer plus tôt, une transaction sur le marché secondaire peut exiger de trouver un acheteur, de négocier de nouvelles modalités, de procéder à un examen juridique et, dans bien des cas, d’obtenir l’autorisation du commandité. La vente peut aussi devoir se faire à un prix inférieur à sa valeur. La marge d’erreur est donc beaucoup plus mince que sur les marchés liquides.

Le coût de l’erreur est plus élevé

Dans les marchés publics, un investisseur peut généralement réduire une position, la rééquilibrer ou en sortir lorsque les faits évoluent. Dans les marchés privés, cette flexibilité est beaucoup plus limitée. Le capital peut être immobilisé pendant des années avec très peu de solutions de rechange si la thèse d’investissement initiale s’avère erronée. C’est pourquoi investir dans les grandes tendances de rupture exige davantage qu’un simple enthousiasme pour un thème porteur. Cela demande la discipline nécessaire pour évaluer l’opportunité, la structure, le gestionnaire, les modalités, le profil de liquidité et le rôle de l’investissement dans l’ensemble du portefeuille avant d’engager des capitaux.

Pour les familles multigénérationnelles, les meilleurs résultats ne reposent pas uniquement sur le choix des actifs ou des gestionnaires. Ils découlent surtout d’une solide gouvernance des placements, d’une construction de portefeuille réfléchie et d’un accès rigoureux au risque. Dans le contexte des investissements liés aux disruptions, cette réalité prend encore plus d’importance. Les placements à long horizon et à faible liquidité offrent peu de possibilités de corriger le tir une fois les capitaux engagés, et les résultats dépendent souvent de l’accès privilégié des gestionnaires aux occasions d’affaires ainsi que de leur capacité à influencer les résultats

Pourquoi le choix du gestionnaire est déterminant sur les marchés privés

Miser sur l’intelligence artificielle ou sur la transition énergétique peut sembler, à première vue, une décision d’investissement en soi. Une tendance prometteuse ne suffit toutefois pas, à elle seule, à générer de bons rendements. Sur les marchés privés, la qualité du gestionnaire, son réseau, sa capacité à repérer les bonnes occasions, les valorisations auxquelles il investit, les droits de gouvernance qu’il obtient et la façon dont il construit son portefeuille jouent tous un rôle important.

Les données illustrent clairement cette réalité. Sur une période de 10 ans, l’écart de rendement entre les gestionnaires de capital-investissement les plus performants et les moins performants dépassait 14 points de pourcentage, comparativement à 4,8 points chez les gestionnaires d’actions américaines à grande capitalisation sur la même période [2]. Les mêmes travaux montrent également que les gestionnaires les plus performants se distinguent notamment par leur capacité à trouver les bonnes occasions, à investir avec discipline et à créer de la valeur au fil du temps.

Pour les familles, l’enjeu va donc au-delà du choix d’un secteur prometteur. Il faut aussi savoir qui permet d’y accéder, comment les occasions sont sélectionnées, quelle diligence raisonnable appuie la recommandation, si les intérêts sont bien alignés et si le gestionnaire a réellement la capacité de contribuer aux résultats.

Pourquoi la crédibilité du chef des placements est essentielle

La crédibilité du chef des placements joue un rôle déterminant dans ce type d’investissement. Au sein d’un bureau familial, son rôle ne devrait pas se limiter à repérer des occasions intéressantes. Avec l’équipe qui l’appuie, il doit assurer la rigueur du processus décisionnel et veiller à ce que chaque occasion soit évaluée dans le contexte plus large du portefeuille avant qu’une décision soit prise.

Au Bureau familial Richter, la cheffe des placements intervient à l’échelle de l’ensemble du portefeuille plutôt qu’au sein d’une catégorie d’actifs en particulier. Nous ne sommes pas rémunérés pour sélectionner un gestionnaire ou recommander un placement, ce qui nous permet d’évaluer chaque occasion sans intérêt économique à en favoriser une plutôt qu’une autre. Les placements sur les marchés publics et privés sont analysés de façon indépendante, en tenant compte des objectifs de la famille, de ses contraintes et de l’ensemble de son portefeuille, plutôt qu’uniquement des qualités propres à chaque occasion.

Cette indépendance prend tout son sens dans les secteurs de rupture, où certaines occasions peuvent rapidement susciter un sentiment d’urgence. Un fondateur convaincant, une tendance de fond porteuse ou l’accès à un placement privé très recherché peuvent facilement accélérer la prise de décision. Un chef des placements crédible sait prendre le recul nécessaire pour poser les bonnes questions. Quel risque prend-on réellement? Qu’est-ce qui pourrait mal tourner? Quel serait l’effet sur les liquidités? Quelles sont les incidences fiscales et successorales? Quels sont les frais et les modalités? Les intérêts sont-ils bien alignés? Quelle place cet investissement occupe-t-il dans l’ensemble du patrimoine familial? Ce travail passe par une diligence raisonnable approfondie avant tout engagement de capital, tant sur l’investissement lui-même que sur les aspects opérationnels et les antécédents des parties concernées. Il exige également une évaluation rigoureuse des frais, des modalités, de la liquidité et de l’alignement des intérêts, ainsi qu’un suivi continu du gestionnaire bien après la décision d’investir.

Une gouvernance solide permet d’investir avec conviction

La gouvernance est parfois perçue comme une forme de bureaucratie. Dans les investissements de rupture, elle joue plutôt le rôle inverse. Elle permet aux familles de prendre des risques de façon réfléchie au sein de leur portefeuille, sans confondre conviction et impulsivité.

Un cadre de gouvernance solide établit les règles avant même qu’une occasion se présente. Il définit notamment la taille des allocations, les responsabilités décisionnelles, les processus d’examen, les balises en matière de liquidité, la surveillance des risques et les critères qui guident les décisions. Au Bureau familial Richter, cette gouvernance repose sur une structure formelle. Notre comité des placements assure la supervision stratégique et donne l’approbation finale, tandis que notre comité directeur de gestion des placements veille à la gouvernance opérationnelle et au suivi. Les deux comités sont présidés par le chef des placements et soutenus par une équipe spécialisée responsable de la construction du portefeuille, de la diligence raisonnable, financière et opérationnelle, du suivi des gestionnaires, de la recherche et des communications avec les clients.

Une approche responsable des investissements de rupture repose sur cette discipline. L’objectif n’est pas d’éliminer l’incertitude, puisqu’elle est inhérente à l’innovation, mais de l’évaluer avec rigueur, de maintenir un niveau de risque approprié, d’en assurer un suivi continu et de l’intégrer aux priorités financières, fiscales, successorales et multigénérationnelles de la famille.

Pour les familles très fortunées, l’accès ne suffit pas

Pour les familles très fortunées, l’accès aux secteurs de rupture n’est plus le seul élément difficile à obtenir. La qualité du jugement est devenue tout aussi essentielle. Il faut savoir quelles occasions méritent réellement du capital, quels gestionnaires méritent la confiance de la famille et quels risques s’inscrivent dans ses objectifs à long terme.

Une allocation aux secteurs de rupture construite avec soin permet aux familles de participer aux transformations qui façonnent l’économie mondiale tout en demeurant fidèles à leurs objectifs et à leurs responsabilités. Cette approche ne peut toutefois porter ses fruits que si la conviction s’accompagne de discipline. Cette discipline repose sur une diligence raisonnable rigoureuse, sur le leadership d’un chef des placements crédible et sur un cadre de gouvernance qui permet de replacer chaque décision d’investissement dans le contexte plus large du patrimoine familial.

L’attrait des secteurs de rupture a toujours été facile à comprendre. Notre objectif n’est pas simplement d’investir dans l’innovation, mais d’aider les familles à le faire avec clarté, rigueur et discernement, afin que le capital consacré à leurs ambitions contribue réellement à leur avenir. Les secteurs de rupture peuvent offrir un potentiel de rendement asymétrique. Une gouvernance solide est ce qui permet d’aborder ce potentiel de façon réfléchie et responsable.

Points à retenir

  • Les investissements de rupture ont leur place dans la portion du patrimoine consacrée aux ambitions à long terme. Dans un portefeuille fondé sur des objectifs, cette allocation est pensée pour rechercher un potentiel de croissance important, sans répondre aux besoins de liquidités à court terme ni aux dépenses liées au mode de vie.
  • Une part croissante de la création de valeur se produit avant l’entrée en bourse. Alors que l’âge médian des entreprises au moment de leur entrée en bourse est passé de 10 ans en 2018 à 13 ans aujourd’hui, les marchés privés sont devenus une voie d’accès privilégiée aux innovations de rupture. Le choix des gestionnaires et leur capacité à accéder aux meilleures occasions prennent donc une importance accrue.
  • Le choix du gestionnaire a une incidence directe sur les résultats, et le coût d’une mauvaise décision peut être élevé. Sur une période de 10 ans, l’écart de rendement entre les meilleurs et les moins bons gestionnaires de capital-investissement dépassait 14 points de pourcentage, contre moins de 5 points chez les gestionnaires d’actions à grande capitalisation. Avec des engagements peu liquides pouvant durer de 10 à 12 ans et peu de possibilités de sortie, la qualité du gestionnaire devient déterminante.
  • L’indépendance du chef des placements constitue un important garde-fou. Un chef des placements crédible, qui n’est pas rémunéré en fonction de recommandations particulières, peut prendre le recul nécessaire pour évaluer objectivement les risques, les besoins de liquidités ainsi que les incidences fiscales et successorales.
  • La gouvernance permet d’investir avec conviction tout en maintenant la discipline nécessaire. Un cadre formel qui établit à l’avance la taille des allocations, les responsabilités décisionnelles, les processus d’examen et les balises de liquidité permet aux familles de prendre des risques réfléchis sans confondre conviction et impulsivité.

Foire aux questions

Qu’est-ce qu’une « allocation aux secteurs de rupture » dans un portefeuille familial?
Il s’agit d’une portion du patrimoine consacrée aux ambitions à long terme de la famille dans un portefeuille structuré en fonction d’objectifs précis. Cette allocation vise des tendances de fond comme l’intelligence artificielle, la transition énergétique ou l’innovation en santé, afin de rechercher un potentiel de croissance important sans compromettre les besoins de liquidités à court terme ni le mode de vie de la famille.

Pourquoi le choix du gestionnaire est-il si important sur les marchés privés?
Parce que les résultats dépendent autant de la qualité de l’exécution et de l’accès aux occasions que du secteur lui-même. Sur une période de 10 ans, l’écart de rendement entre les gestionnaires de capital-investissement les plus performants et les moins performants dépassait 14 points de pourcentage, comparativement à moins de 5 points chez les gestionnaires d’actions à grande capitalisation sur les marchés publics. La qualité du gestionnaire peut donc avoir une incidence déterminante sur les résultats.

Comment la gouvernance aide-t-elle les familles à investir dans les secteurs de rupture?
La gouvernance permet d’établir les règles avant même qu’une occasion se présente, notamment en ce qui concerne la taille des allocations, les responsabilités décisionnelles, les processus d’examen et les balises de liquidité. Les familles peuvent ainsi prendre des risques de façon réfléchie, tout en veillant à ce que chaque décision demeure cohérente avec l’ensemble de leur situation financière.

 

[1] CNBC, “Startups are staying private longer thanks to alternative capital,” October 2025, citing Renaissance Capital data

[2]Advisor Perspectives, “Why Manager Selection Is Critical for Private Equity Investing,” October 28, 2024, citing Cambridge Associates via IHS Markit and eVestment data as of December 31, 2023.

 

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