Qu’est-ce que la « gouvernance » exactement?

Comment les familles très fortunées peuvent-elles développer une compréhension commune et établir de meilleurs processus décisionnels?

Le terme « gouvernance » est peut-être vague et trop utilisé, mais ce qu’il signifie vraiment, c’est qu’il faut développer une compréhension commune afin de communiquer efficacement et d’établir un processus décisionnel qui est compris par tous les membres de la famille. Le concept peut sembler simple, mais lorsqu’il est question d’un patrimoine substantiel, d’une histoire familiale et d’émotions humaines, la tâche peut devenir compliquée si elle n’est pas planifiée de façon réfléchie et s’il n’y a pas un bon système de soutien en place.

 

PROCESSUS OFFICIEL OU INFORMEL

Officiellement, la gouvernance est un processus qui encourage le dialogue et la communication entre les membres de la famille et qui fait souvent appel à une tierce partie objective pour orienter les conversations. Il peut exister des structures de soutien pour veiller à ce que la famille soit dans le meilleur environnement pour la résolution de problèmes et les discussions ouvertes. Cela peut aussi aller jusqu’à créer un conseil de famille et à définir une constitution familiale pour aider à prendre des décisions difficiles. Cependant, il n’est pas toujours nécessaire d’avoir ce niveau de formalité.

Pour certaines familles, la gouvernance peut être plus informelle. Elle peut consister en un rassemblement familial récurrent avec un ordre du jour où n’importe quel membre de la famille peut ajouter un sujet. Ou encore, elle peut tout simplement se développer en passant du temps en famille. Cela peut commencer par des réunions familiales plus fréquentes pour établir un lien de confiance entre les membres de la famille. Plus une famille peut socialiser et apprendre à se respecter en dehors d’un environnement officiel, mieux c’est. L’établissement d’une compréhension commune dans les bons moments peut aider la famille à traverser des situations plus difficiles, parce qu’il y a déjà une base de respect mutuel. Converser dans un environnement moins officiel peut naturellement permettre de construire des structures informelles. Cela peut créer de bons souvenirs associés aux discussions et atténuer les risques de certains problèmes interpersonnels.

 

L’HÉSITATION À PARTICIPER

Bien que la plupart reconnaissent qu’une communication efficace est importante, certains membres de la famille peuvent avoir tendance à rejeter la notion de gouvernance, car, à leurs yeux, cela signifie de renoncer au contrôle ou de divulguer à des membres de la famille de l’information qu’ils ne sont pas prêts à recevoir. Pour les membres de la première génération, soit le patriarche et la matriarche ou le propriétaire initial de l’entreprise, le concept peut être particulièrement difficile. Ils ont l’habitude d’être ceux qui ont toujours le contrôle, car c’est ainsi qu’ils ont bâti leur entreprise, et ils ne sont peut-être pas prêts à renoncer à ce contrôle et à laisser les autres connaître le fonctionnement interne de l’entreprise familiale. Cependant, l’idée de gouvernance, qu’elle soit officielle ou informelle, vise à alléger le fardeau de la prise de décision qui ne repose que sur une ou deux personnes au sein de la famille.

Le contrôle de cette information ou le fait de ne pas s’engager dans un processus de gouvernance constructif fait plus de tort que de bien. Même si les membres de la première génération peuvent croire qu’ils protègent leurs enfants ou leurs petits-enfants contre le fait d’en savoir trop, le fait de les laisser dans l’ignorance ne leur rend pas service. Lorsqu’il y a plus de parties prenantes au sein de la famille (les conjoints, les enfants, et même les petits-enfants) les résultats de ces décisions prises par la génération qui a le contrôle commencent à avoir une incidence sur la famille dans son ensemble, il est donc naturel que ces membres de la famille veuillent avoir leur mot à dire dans les décisions, ou à tout le moins, comprendre le processus de réflexion qui sous-tend la prise de décisions.

Projetons-nous dans l’avenir : une fois la première génération décédée, les enfants ou les petits-enfants vont inévitablement connaître cette information. S’ils ne savent pas pourquoi de telles décisions ont été prises, ils ne seront pas équipés pour faire face à la situation qui leur a été léguée. Ils ne comprendront pas comment gérer leur patrimoine ou l’objectif de ce patrimoine, et ils n’auront peut-être pas confiance dans les conseillers de la première génération, étant donné qu’aucune relation antérieure n’a été établie. Essentiellement, les années, le temps, les émotions et l’énergie que la première génération a consacrés à créer un patrimoine pour subvenir aux besoins de ses enfants ne servent à rien, car la génération suivante ne sait pas comment ni pourquoi le patrimoine et l’héritage ont été créés de cette façon. Avoir des conversations alors que les créateurs de richesse sont encore en vie renforce la confiance de tous les membres de la famille. Au fil du temps, les familles auront l’impression d’avoir une plus grande capacité d’agir à l’égard de l’héritage global.

Bien que certains membres de la famille puissent avoir l’impression de renoncer au contrôle, d’autres hésitent, car ils pensent qu’une telle transparence pourrait créer des dysfonctionnements ou que des secrets familiaux pourraient être révélés. Certains pourraient craindre que le processus soit trop rigide et qu’il ne leur permette pas de s’exprimer librement. Il y a tellement de raisons pour lesquelles ils veulent éviter ces conversations. Cependant, le processus de gouvernance fait tout le contraire; il aide les familles à développer une compréhension commune, à élaborer des techniques de collaboration ouverte et à créer de nouvelles façons de communiquer efficacement. Ainsi, les sujets qui ont été tabous ou problématiques à un moment donné peuvent être abordés plus facilement, car la famille est mieux équipée pour discuter de ces questions de façon constructive.

 

QUI PROFITE LE PLUS DU PROCESSUS?

Il peut sembler que les membres de la génération suivante, les conjoints ou les enfants, sont les seuls à bénéficier de la gouvernance familiale. En réalité, les membres de la première génération ont tendance à tirer autant des réunions de famille que les autres. Ces réunions encouragent les membres de la première génération à ralentir et à clarifier leurs propres pensées ou sentiments et à organiser leurs réflexions. Les entrepreneurs prospères ont souvent réussi parce qu’ils ont agi vite et fait confiance à leur intuition. Cependant, à mesure qu’ils commencent à penser à la période de transition, le processus encourage la réflexion sur les décisions prises et les leçons apprises. Ils sont en mesure de fournir plus de clarté à leur famille. Pour la génération suivante, c’est une façon de participer, plutôt que de simplement se faire dire ce qui se passe. Dans l’ensemble, le processus favorise un plus grand sentiment de collaboration, d’apprentissage et de partage.

S’ils hésitent à tout divulguer à tout le monde, les membres de la famille peuvent établir une part de voix et une part de vote. Une part de voix signifie que quiconque est identifié au sein de la famille pour participer aux réunions familiales reçoit une part de voix selon laquelle il peut partager ses pensées, ses sentiments et aborder des sujets qui, selon lui, devraient être discutés. C’est à la famille de déterminer qui participe. Les petits-enfants sont habituellement les bienvenus lorsqu’ils atteignent l’âge de 21 ou 25 ans. Une part de vote peut ne pas inclure tout le monde, mais plutôt un sous-comité de membres de la famille qui conservent les responsabilités et les pouvoirs décisionnels. Les tierces parties encouragent souvent une part de voix élevée au sein d’une famille, mais ils distillent ensuite ceux qui détiennent une part de vote. L’objectif étant que ceux qui ont une part de vote ont l’intérêt fondamental de tous à l’esprit.

Les humains sont des êtres émotifs, et les familles peuvent être des microcommunautés complexes, surtout lorsqu’il s’agit d’un patrimoine important. La gouvernance consiste à s’engager de façon constructive avec les membres de sa propre famille afin de s’assurer que tout le monde est entendu et se sent engagé dans le processus décisionnel. C’est une façon de créer des sentiments constructifs quant au bien-être de la famille, que ce soit au sujet de ses ressources financières ou de la façon dont l’entreprise familiale peut être utilisée d’une façon qui est bénéfique pour toutes les parties prenantes de la famille. En fin de compte, il s’agit que tous les membres de la famille comprennent de façon uniforme comment ils vont entreprendre le processus décisionnel, qu’il s’agisse de planifier des vacances en famille, d’acheter de plus gros actifs ou de gérer les émotions dans des situations où un membre de la famille décède. Entreprendre le processus de gouvernance ne signifie pas qu’une famille n’a pas réussi à le faire par elle-même; il s’agit plutôt de se réunir pour faciliter une réussite encore plus grande pour tout le monde et l’héritage collectif en ayant un processus sur lequel la famille peut compter, peu importe le problème qu’elle doit gérer, ensemble.