Alfred Dallaire MEMORIA : mémoire et avenir d’une entreprise familiale

Janiver 2017



Après plus de 80 ans d’existence, Alfred Dallaire MEMORIA fait partie intégrante du tissu économique québécois. Fondée en 1933 par Alfred Dallaire et sa femme Aline, l’entreprise est toujours la propriété de la famille Dallaire et entend bien le rester. Rencontre avec deux femmes inspirantes qui font fleurir une longue tradition entrepreneuriale : Jocelyne Dallaire-Légaré et sa fille Julia Duchastel-Légaré.

Une quatrième génération d’entrepreneurs

Lorsqu’on lui demande ce qu’avoir repris les rênes de l’entreprise familiale représente pour elle, Jocelyne Dallaire-Légaré, PDG d’Alfred Dallaire MEMORIA, répond avec nuance : « Maintenant, c’est une source de fierté. Mais au début, j’étais plus ambivalente, car mes valeurs étaient davantage hippies que financières et économiques. J’avais des intérêts personnels, notamment artistiques, très différents. Vendre des services funéraires ne m’apparaissait pas sexy. Ça ne l’est toujours pas, mais ça a beaucoup de sens. » Devenir femme d’affaires était notamment pour elle un défi féministe : « Traditionnellement, les femmes ne prenaient pas le relais des entreprises. Ma mère a eu une grande place dans l’entreprise, elle a pris des décisions déterminantes pour son succès. » Cependant, son rôle n’a jamais été officiel.

Sa fille Julia Duchastel-Légaré partage le même sentiment initial d’ambivalence : « Personne, à un jeune âge, ne se dit qu’il a envie de travailler dans une entreprise funéraire. » Au fur et à mesure qu’elle progressait dans sa carrière, elle a réalisé que c’est dans une entreprise à échelle humaine qu’elle voulait s’investir. « Je ne me voyais pas travailler dans une immense structure », confie-t-elle.

Pour les deux femmes, c’est la manière dont l’entreprise réalise sa mission qui donne un sens à leur engagement professionnel : « Notre travail est un champ de création, de réflexion, à mi-chemin entre la psychologie et la sociologie. On invente des rituels », explique Julia Duchastel-Légaré.

De mère en fille

Pour la mère comme pour la fille, ce sont les aléas de la vie qui les ont amenées à s’investir dans l’entreprise de leurs parents et grands-parents. Dans le cas de Julia Duchastel-Légaré, le processus a été accéléré par des questions de santé. « Je travaillais dans l’entreprise depuis un moment, lorsque ma mère a été atteinte d’un cancer. Moi et d’autres personnes avons été amenées à nous impliquer davantage et à prendre des décisions importantes pour l’entreprise. Je me suis rendu compte que j’étais capable de prendre le relais, le temps que ma mère revienne. »

Comme l’explique Jocelyne Dallaire-Légaré, toute transition au sein d’une entreprise est un processus d’apprentissage : « On a tendance à ne pas trop le dire, mais il faut apprendre. Et apprendre, ça veut dire parfois réussir, parfois se tromper. Et c’est sûrement un des éléments les plus difficiles à apprivoiser : comme chef d’entreprise, on accepte mal que les autres se trompent. Je suis sûre qu’on le prend beaucoup plus mal quand son enfant se trompe. C’est un des défis du transfert d’entreprises ».

Tradition et innovation 

Aujourd’hui, Alfred Dallaire MEMORIA se définit comme une entreprise innovante, constamment en quête de moyens pour répondre aux besoins de ses clients. « Dans notre domaine, la manifestation des besoins a radicalement changé, explique Jocelyne Dallaire-Légaré. Avant, la tradition catholique déterminait comment les choses allaient se passer. Aujourd’hui, la société s’est diversifiée, grâce à l’immigration et à l’évolution des croyances spirituelles. »

L’entreprise s’est réinventée pour répondre à ces besoins changeants : « Ma mère a fait une première vague de changements en redéfinissant les lieux afin de proposer des espaces modernes et décloisonnés, dont certains ont reçu des prix pour leur design », précise Julia Duchastel-Légaré. Le renouvellement des espaces s’est accompagné d’une réflexion sur les produits, les rituels, les pratiques et l’accompagnement offerts. Les rituels écologiques ont fait l’objet d’une attention particulière, avec le développement d’un jardin écologique, le Jardin des mémoires, pour offrir aux gens une cérémonie en adéquation avec leurs valeurs. « Ce dont on se rend compte en travaillant avec des anthropologues, c’est qu’avec la perte des pratiques traditionnelles, les familles ont besoin d’une présence médiatrice, d’un accompagnement. »

De l’avis des deux dirigeantes, le fait d’être une entreprise familiale permet à Alfred Dallaire MEMORIA de mieux comprendre les besoins des gens qu’ils accompagnent et d’y répondre adéquatement : « Nous sommes enracinés dans notre communauté, dans notre ville, dans notre pays. » Cet enracinement leur permet d’offrir un soutien humain à travers tout le processus de deuil, notamment en proposant des rencontres gratuites avec des psychologues, des groupes de discussions et des séances d’art thérapie.

Les défis des entreprises familiales

Si la souplesse et l’enracinement communautaire sont des atouts précieux pour les entreprises familiales comme Alfred Dallaire MEMORIA, celles-ci font néanmoins face à leur lot de défis. L’un d’eux est la concurrence que les PME du Québec doivent livrer quotidiennement aux multinationales étrangères. « Il y a eu beaucoup de consolidation dans le milieu des services funéraires, surtout dans les années 1990 », explique Jocelyne Dallaire-Légaré. Beaucoup d’entreprises familiales ont été achetées par une grande société américaine et exercent aujourd’hui leurs activités sous une bannière unique, le Réseau Dignité. « On regarde ça et on se dit que l’éléphant est gros. Il nous reste à être agiles », illustre Mme Dallaire-Légaré.

Un autre défi que vivent les entreprises familiales est la défense de leurs intérêts auprès des gouvernements. « Les chefs de PME au Québec sont silencieux, estime Jocelyne Dallaire-Légaré. Ils sont avant tout occupés par leur entreprise, tandis que les grandes sociétés peuvent embaucher des lobbyistes pour défendre leurs intérêts. » Devant un projet de loi contenant des dispositions nuisibles aux PME de son secteur, Mme Dallaire-Légaré a dû prendre son bâton de pèlerin pour sensibiliser les décideurs politiques aux effets néfastes de la loi. « Les PME sont un facteur de stabilité dans l’économie. Les gouvernements doivent respecter leur écosystème », explique-t-elle.

Pour Julia Duchastel-Légaré, les différents paliers gouvernementaux doivent se préoccuper de la réalité concrète des PME et des entreprises familiales. « On sent davantage de sensibilité dans les discours des politiciens, mais il y a parfois un manque de pragmatisme », estime-t-elle. Par exemple, les travaux de réfections routières à Montréal peuvent bouleverser les activités d’une entreprise comme Alfred Dallaire MEMORIA. Selon elle, la fiscalité est également un élément essentiel sur lequel doivent se pencher les gouvernements pour garder les entreprises au Québec : « Lorsqu’on acquiert une entreprise familiale par succession, c’est considéré comme une vente présumée », ce qui entraîne des cotisations d’impôts considérables. « Pour les PME, c’est un enjeu difficile », résume-t-elle.

Une histoire qui se poursuit

Après plus de 80 ans d’existence, Alfred Dallaire MEMORIA est une entreprise familiale résolument tournée vers l’avenir, qui s’appuie sur une longue tradition pour se réinventer. Faire partie d’une lignée d’entrepreneurs pousse Jocelyne Dallaire-Légaré et Julia Duchastel-Légaré à porter un regard différent sur l’entreprise : « On a une perspective à long terme, qui est celle d’une entreprise qui se voit se poursuivre sur plusieurs générations, qui s’inscrit dans la durée. » C’est là leur force : la capacité d’embrasser du même regard l’histoire et l’avenir, le passé et le futur.

Pour en apprendre davantage : Réussir une transition d’entreprise

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