Alors qu’augmentent les défaillances dans les prêts : les prêteurs doivent se montrer vigilants

Secteur de l’automobile

Le secteur de l’automobile a montré des signes de difficultés en 2015, qui se sont maintenus en 2016. Avec la hausse des défaillances dans les prêts, les risques liés au rendement des crédits et des portefeuilles augmentent pour les concessionnaires, les établissements de titrisation et les prêteurs du secteur. Les risques augmentent depuis des années pour les parties prenantes offrant du crédit automobile, comme le montre la réduction de la notation de la Banque Scotia au début de 2016 par l’agence Moody’s et, bien que la valeur des prêts automobiles n’a crû que modestement en 2015, des hausses de plus de 20 % pour l’année 2013 à 2014, ainsi que les échéances plus longues demeurent préoccupantes.

Puisque les répercussions de la faiblesse du prix du pétrole ont entraîné des pertes d’emploi dans l’Ouest canadien, le taux de défaillance visant les prêts automobiles dans cette partie du pays dépasse de loin la moyenne nationale de 1,32 % en 2015. Durant le quatrième trimestre de 2015, le taux de défaillance a augmenté de 35 % par rapport à l’exercice précédent en Alberta pour atteindre 2,4 %, tandis qu’en Saskatchewan, il atteignait 2,7 %, soit plus du double de la moyenne nationale. Bien que des statistiques similaires ont été observées en 2009-2010 dans le marché de la titrisation lors de la crise financière dans les provinces dépendantes du pétrole brut (où du matériel roulant est demeuré inutilisé de 2 à 3 ans), le pétrole avait rebondi rapidement pour ensuite s’établir près de ses plus hauts sommets. Les pronostics actuels pour l’Ouest canadien s’avèrent toutefois beaucoup plus pessimistes et les analyses récentes prévoient que la récession perdurera durant environ deux ans[1].





Signes avant-coureurs à surveiller

L’augmentation des défaillances dans les prêts constitue un signe avant-coureur que les prêteurs et les autres parties prenantes doivent surveiller de près. D’autres tendances et indicateurs clés de rendement peuvent également laisser présager des difficultés chez une entreprise :

  • entreprise ayant atteint (ou presque) le montant autorisé de sa marge de crédit d’exploitation ou emprunté le montant maximal disponible;
  • augmentation des besoins en fonds de roulement, ancienneté des comptes clients, composition des stocks (accumulation de véhicules d’occasion vs neufs), créditeurs excessifs ou anciens;
  • importantes dépenses en immobilisations;
  • roulement de personnel au sein de la direction, en particulier en finances.

Puisque tous ces signes peuvent dénoter des difficultés dans de nombreux secteurs, nous présentons ci-dessous une liste détaillée de signaux d’alarme propres aux concessionnaires et aux entreprises de financement automobile.

Signes avant-coureurs chez les concessionnaires

Écart de garantie 
: Les véhicules sont vendus et des espèces sont reçues, mais le montant emprunté sur le financement sur stocks n’est pas remboursé dans les délais exigés (de 2 à 7 jours).

  • Les parcs de véhicules disposent généralement d’un délai de remboursement plus long (p. ex. 30 jours) en raison du volume et des modalités de crédit des fournisseurs de services liés aux parcs automobiles.
  • Les écarts de garantie découlent généralement d’inefficacités opérationnelles (les concessionnaires n’assurent pas le suivi des recouvrements ou n’ont pas mis en place les processus nécessaires) ou de contraintes liées aux liquidités où les fonds perçus servent à financer l’exploitation plutôt qu’à rembourser le financement sur stocks. (Les deux dénotent des difficultés importantes au sein de l’organisation.)
  • Les audits (internes ou externes) de véhicules constituent le premier rempart : des résultats d’audit impeccables doivent être examinés avec un esprit critique et tout écart de garantie, même de 1 $, doit être perçu comme un signal d’alarme important.

Concentration en véhicules d’occasion : les véhicules d’occasion présentent un profil de risque plus élevé que les véhicules neufs.

  • La valeur des véhicules d’occasion, moins facilement déterminable que celle des véhicules neufs, peut varier grandement.

    Il faut porter une attention particulière à un parc vieillissant de véhicules d’occasion, malgré les compressions aux fins des marges. Une augmentation de la concentration en véhicules d’occasion peut laisser présager un problème, telle une hausse des véhicules repris afin d’augmenter les ventes de véhicules neufs.

−      L’entreprise peut tenter de dissimuler des reprises surévaluées en évitant de revendre des véhicules excédentaires à l’encan.

−      Les stocks peuvent comporter des véhicules invendables.

  • Vendre en gros ou monnayer les stocks à rotation lente vs les stocks de véhicules au détail (pour maximiser les bénéfices) a une grande incidence sur les liquidités, ce qui pourrait immobiliser le fonds de roulement.
  • Porter une attention particulière au reclassement des stocks entre plusieurs concessionnaires. Lorsque des véhicules sont transférés d’un concessionnaire à l’autre, l’entreprise peut reclasser les stocks dans le système avec la date du transfert, ce qui lui permet de masquer un problème d’évaluation et augmente le risque du prêteur.
  • Les plafonds des facilités relatives aux véhicules d’occasion doivent être rigoureusement respectés.
  • Les droits de rétention non remboursés à l’égard des véhicules repris représentent des risques additionnels pour les prêteurs.

Portefeuille de contrats de location ou de contrats de vente conditionnelle : L’augmentation et le rendement de ces portefeuilles, généralement une activité complémentaire du concessionnaire ou groupe de concessionnaires, peuvent représenter un indice de la santé des activités principales. Un concessionnaire peut tenter de maintenir les ventes de véhicules en octroyant plus de prêts où les risques de défaillance sont plus élevés, reportant les problèmes de performance.

Expansions et améliorations des concessionnaires : Les sources de financement des dépenses en immobilisations des concessionnaires, des améliorations du siège social et des acquisitions de nouveaux concessionnaires doivent être examinées de près. De telles activités doivent être financées au moyen de bénéfices non répartis, de contrats de location-acquisition et de prêts hypothécaires. L’utilisation de la facilité de crédit d’exploitation peut dénoter l’incapacité du concessionnaire à dégager un bénéfice suffisant pour financer sa croissance ou à obtenir du financement supplémentaire. De plus, il faut se méfier des expansions effectuées uniquement dans un souci d’expansion et se poser les questions suivantes :

  • Risque d’exécution : l’équipe de direction est-elle appropriée?
  • La croissance des frais généraux est-elle plus rapide que l’augmentation des produits ou des profits?
  • Des améliorations sont-elles demandées par le fabricant?

Relations avec le fabricant et bannière : La bannière et la dépendance à celle-ci au sein d’un groupe de concessionnaires doivent être évaluées et faire l’objet d’un suivi (pour éviter les répercussions de situations similaires à celle de Volkswagen). En outre, la correspondance avec le fabricant doit être examinée afin de s’assurer que la relation est positive et de mieux comprendre les besoins d’investissements en immobilisations pour respecter les exigences du fabricant.

Signes avant-coureurs chez les sociétés qui financent des prêts
ou des contrats de vente conditionnelle
 

Portefeuilles titrisés :

  • Exactitude des paiements : Tout délai de recouvrement auprès du consommateur peut occasionner d’importants besoins en fonds de roulement puisque le paiement doit être effectué à l’établissement de titrisation, que le débiteur du consommateur ait été recouvré ou non.
  • Défauts de paiement (retards et pertes) : Des taux de défaillance de paiement supérieurs aux tendances historiques nuisent à la rentabilité et aux liquidités nécessaires pour effectuer les paiements (justesse des paiements) (dans le contexte des prêts et des contrats de vente conditionnelle).
  • Remboursements anticipés : Les établissements de titrisation imposent des pénalités à l’égard des remboursements anticipés au-delà d’un seuil établi.
  • Utilisation de la réserve d’encaisse : Les défauts de paiement de l’établissement de titrisation remboursés à l’aide de la réserve d’encaisse peuvent signaler des contraintes de liquidités (par opposition aux paiements effectués à même des capitaux propres tirés de bénéfices).
  • Réserve d’encaisse immobilisée : Cette situation peut survenir lors du non-respect des modalités de l’entente de titrisation.
  • Changements à l’entente de titrisation : Des changements, telle une réduction des limites de financement annuelles, une augmentation des retenues de garantie sur la réserve d’encaisse ou une augmentation du plafond de la réserve d’encaisse (minimale) représentent des indices courants d’une hausse des risques liés à un portefeuille de financement titrisé.
  • Cas de résiliation : Une résiliation peut survenir si l’état du portefeuille continue de se détériorer, ce qui empêche la titrisation de nouvelles ententes, bloque les opérations ou force à accorder des prêts au moyen d’un portefeuille autofinancé.
    - Cette situation comporte un risque de perte de contrôle si l’établissement de titrisation entreprend des démarches pour monnayer les actifs donnés en garantie.
  • Impôts : La trésorerie demeure à l’abri de l’impôt lorsque le portefeuille augmente (l’amortissement fiscal est supérieur à l’amortissement comptable), toutefois, lorsque le portefeuille diminue, la trésorerie peut être assujettie à l’impôt au moment où la société peut le moins se le permettre.

Les changements apportés au portefeuille de titrisation peuvent avoir une incidence importante sur les liquidités et la rentabilité de l’entreprise, puisque les flux de trésorerie disponibles sont souvent liés à la réserve d’encaisse du portefeuille. La libération d’espèces (« cascade ») de cette encaisse est un facteur clé de succès.

Portefeuilles autofinancés :

  • L’augmentation de ces portefeuilles peut constituer un premier indice de difficultés financières puisqu’il s’agit de prêts refusés par l’établissement de titrisation (en raison du risque de crédit, de la durée du prêt ou de la catégorie d’actifs financés).
L’importance de la gestion du fonds de roulement

Si le fonds de roulement n’est pas géré adéquatement, les contraintes de liquidités peuvent être exacerbées lors d’une dégradation de la performance et écourter le délai dont dispose l’entreprise pour procéder à un redressement ou à une restructuration. Voici des exemples où l’encaisse peut être inaccessible dans ces types d’entreprises :

  • Les contrats en transit (CTI) signifient le délai au cours duquel les fonds de la vente d’un véhicule sont transférés par le consommateur ou son prêteur. Si les fonds ne sont pas recouvrés avant le remboursement du financement sur stocks, il y aura une incidence négative sur le fonds de roulement de l’entreprise.
  • Les valeurs résiduelles, tels les contrats en transit, peuvent faire varier le fonds de roulement s’ils ne sont pas payés par le consommateur au moment où ils deviennent payables à la banque (généralement 30  jours après la vente), ce qui entraîne un décalage des échéances.
  • Les compressions peuvent occasionner une réduction soudaine de la disponibilité des emprunts, souvent en raison :
    de l’ancienneté : la réduction progressive des marges commence généralement après 90 jours, dans le cas des véhicules d’occasion, et après 365 jours, dans le cas des véhicules neufs;
    des CTI : lorsque les véhicules sont acquis auprès du fabricant la valeur totale de la TPS/TVH peut être incluse dans le montant de l’emprunt, mais seulement jusqu’à ce que la déclaration de taxes de vente soit produite et les CTI, effectivement récupérés (après 45 jours environ). 
  • Les unités reportées réduisent les liquidités en ce sens où elles diminuent le montant disponible aux fins des emprunts même si elles ne sont pas payées. Elles représentent les unités qui font l’objet d’un engagement d’achat auprès du fabricant, mais dont le concessionnaire n’a pas encore pris possession. Compte tenu de l’impossibilité de monnayer ces actifs dans l’immédiat, un grand nombre d’unités reportées peut imposer des contraintes à l’entreprise.
  • Les reprises de véhicules réduisent la valeur en espèces de la vente du véhicule pouvant servir à rembourser le financement sur stocks, tandis que la marge dégagée ne pourra représenter qu’une portion de la valeur du véhicule (p. ex. 75 %). En période de liquidités restreintes, les véhicules d’occasion excédentaires devraient être monnayés afin de générer de l’encaisse.
  • Le stock de pièces automobiles peut immobiliser des espèces nécessaires et réduire les fonds à recevoir du fabricant (pour les rabais du constructeur, etc.).
Une attention particulière doit être portée au solde à recevoir du fabricant : un solde élevé ou en hausse peut signaler des différends, des rabais non accordés, des créditeurs anciens, etc. 

Risques de fraude dans le secteur automobile

Les prêteurs et les autres parties prenantes doivent demeurer à l’affût de la fraude dans le secteur des concessionnaires et du financement automobiles. De la fausse représentation aux prêteurs et des actes frauduleux sont perpétrés par de nombreuses organisations de ce secteur. Comme dans tous les secteurs, la propension à poser des gestes illégaux tend à augmenter dans les périodes de difficultés financières. Envisager s’il pourrait y avoir :

  • détournement de capitaux par les actionnaires pour financer leurs entreprises ou trains de vie personnels;
  • chèques en circulation qui excèdent les liquidités;
  • manipulation des états financiers : reconnaissable par la difficulté à réconcilier les rapports internes avec les états financiers audités ou par des ventes anormalement élevées pour la saison, la catégorie ou la région, par exemple;
  • manque de transparence ou de collaboration avec les prêteurs.

Nouveaux véhicules

  • Réponse de l’entreprise à l’audit des véhicules : Les unités vendues ne sont pas remboursées avant que l’écart de garantie ne soit décelé par l’audit des véhicules. L’entreprise demande des délais supplémentaires pour rembourser l’écart de garantie ou demande à être informée à l’avance de tout audit.
    - Informations fausses ou trompeuses relativement à l’écart de garantie.
  • Nombre excessif de véhicules de démonstration ou véhicules de démonstration non disponibles sur demande aux fins d’inspection.
  • Véhicules fictifs : Des véhicules en consignation ne sont pas disponibles aux fins d’inspection, des véhicules sont échangés entre les concessionnaires ou loués à des consommateurs. 
  • Manque d’informations ou de documents pour confirmer que le véhicule leur appartient.
Véhicules d’occasion

  • Tentative d’emprunt sur des actifs :
    - inexistants;
    - inutilisables;
    - qui appartiennent à des tiers innocents.
  • Échange des stocks sur marge pour les pièces.
  • Couverture d’assurance insuffisante.

Faire preuve de vigilance

La détection rapide des enjeux liés à la rentabilité, aux liquidités et à l’existence des actifs est essentielle afin de préserver les solutions disponibles aux fins d’une restructuration ou d’un redressement opérationnel. Pour cette raison, les prêteurs et les autres parties doivent demeurer vigilants en s’assurant non seulement de rester à l’affût de toute tendance des performances, mais également d’avoir des connaissances et une expérience approfondies du secteur afin de bien interpréter les résultats et de prendre les mesures appropriées dans les plus brefs délais.


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