Économie canadienne : prévisions pour le secteur de la fabrication et de la distribution

En décembre dernier, Richter S.E.N.C.R.L. a tenu un déjeuner-causerie portant sur l’avenir du secteur de la fabrication et de la distribution au Canada. La présentation a été donnée par M. David Hogan, associé et économiste en chef chez Richter S.E.N.C.R.L. Compte tenu du contexte économique actuel et de l’incertitude qui plane, le sujet a suscité beaucoup d’intérêt de la part des participants et des conseillers. M. Hogan a présenté les résultats, ce qui a ultimement engagé la discussion sur la façon dont les conséquences potentielles peuvent influer sur les joueurs du secteur de la fabrication et de la distribution. Voici un aperçu de ces résultats.

Que s’est-il passé en 2015?

Dans l’ensemble, les principaux marchés (en l’occurrence le Canada, les États-Unis, la Chine et la zone euro) ont enregistré un taux d’inflation à la baisse au cours de 2015, en particulier les États-Unis et la zone euro. Aucune des institutions sondées ne semblait prévoir d’autres déflations des prix pour les prochaines années, cependant le risque demeure présent. En fait, les banques centrales, notamment la Banque centrale européenne, ont indiqué publiquement et avec force qu’elles prendront les mesures nécessaires pour éviter toute déflation lorsque cela sera possible. En 2015, le produit intérieur brut (PIB) réel de la Chine a dominé l’actualité en raison du ralentissement économique du pays, lequel tranche nettement avec son taux de croissance au cours des dernières décennies. En Europe, les défis persistants, tels que la crise de l’endettement en Grèce, se sont traduits par une croissance du PIB réel atone pour l’union économique. Toutefois, aux États-Unis, malgré les obstacles de la mondialisation, l’économie a poursuivi sa reprise et le PIB réel a affiché un taux de croissance supérieur à 2 % pour la quatrième année de suite.

Plus près de chez nous, l’année dernière, le Canada a été touché par une récession, alors que le PIB réel a reculé légèrement au cours des premier et deuxième trimestres. En tête de file de la contraction durant le dernier semestre de 2015, le Canada a accusé une baisse de la « formation brute de capital fixe », qui se compose des usines, du matériel, de l’outillage et des infrastructures construites. Cela n’est pas surprenant, étant donné le contexte économique actuel qui a été marqué par la chute des prix du pétrole brut. Toutefois, les chiffres du troisième trimestre ont rebondi, enregistrant une croissance positive réelle de 2,3 % sur une base annualisée. Il sera intéressant de surveiller si ce rebondissement économique peut être maintenu, compte tenu des difficultés persistantes auxquelles l’économie canadienne doit faire face. Globalement, l’année 2015 a été en dents de scie. Tandis que des secteurs clés comme les secteurs minier, pétrolier et gazier ont connu une piètre performance, d’autres secteurs, le marché l’habitation en particulier, ont très bien fait.

Perspectives économiques des occasions pour le secteur de la fabrication et de la distribution pour l’année 2016

Devises et taux d’intérêt

Les taux ayant déjà été baissés deux fois en 2015, les prévisions au moment de la publication ont révélé que les banques canadiennes anticipaient que la Banque du Canada maintiendrait son taux du financement à un jour à 0,50 % au cours des prochains trimestres. De plus, les banques prévoyaient également des augmentations générales des taux d’intérêt à long terme au Canada et aux États-Unis, ce qui signifie qu’elles sont optimistes quant au retour éventuel de la croissance de l’activité économique à moyen terme. Les banques se sont toutefois montrées prudentes au sujet de ces prévisions, car celles-ci sont susceptibles de changer, ce qui est souvent le cas, lorsque de nouvelles réalités économiques s’imposent.

Sur le plan monétaire, le huard, tributaire de l’énergie, a chuté de façon constante en 2015, parallèlement aux prix de l’énergie et contrairement au dollar américain qui s’est raffermi globalement. Les banques sondées s’accordent pour dire que le huard devrait remonter au cours de 2016, cependant il serait avisé de surveiller le huard en raison de la dépréciation prolongée et rapide qu’il a subie en 2015. D’un autre côté, les prévisions relatives au taux de change CAD/EUR brossent un tableau beaucoup plus incertain, les prévisions pour la paire de devises sont beaucoup plus variées que pour leur équivalent USD/CAD. Étant donné l’incertitude qui entoure la croissance future en Europe et les opinions partagées concernant les mesures que prendra la Banque centrale européenne, les prévisions relatives au taux de change CAD/EUR, telles qu’elles sont publiées par les grandes banques canadiennes, continuent de diverger.

Richter compile les prévisions en matière de devises et de taux d’intérêt telles qu’elles sont présentées par les banques canadiennes tous les mois. Pour recevoir cette compilation, inscrivez-vous sur le site suivant : http://www.richter.ca/frca/news-and-media/resources-etpublications/subscription-form

PIB et tendances au Canada

La chute des prix de l’énergie et le marché de l’immobilier particulièrement actif influent sur les données relatives au PIB canadien de façon différente. Alors que la chute des prix du pétrole nuit considérablement au secteur de l’énergie et aux secteurs connexes, elle a également un effet positif sur les consommateurs, dont les dépenses normalement engagées pour l’énergie sont transférées sur d’autres priorités, produits et produits de nécessité. Afin de contrebalancer les difficultés que pose le secteur de l’énergie, la Banque du Canada a réduit le taux du financement à un jour deux fois en 2015, de 1,0 % à 0,50 %. Par conséquent, les faibles coûts de l’énergie, les taux d’intérêt bas ainsi que la faiblesse du huard seront des catalyseurs de la reprise économique au Canada en 2016.

En se penchant sur les perspectives pour 2016, les grandes institutions s’attendent à ce que toutes les provinces connaissent une reprise de croissance du PIB réel. Bien que la croissance de l’Alberta et de Terre-Neuve se poursuivra, ces provinces accuseront un certain retard par rapport aux autres provinces en termes de croissance générale, lequel sera principalement attribuable à leur dépendance à l’égard de l’énergie. Il faudra sans doute réexaminer ces prévisions, particulièrement si les prix de l’énergie continuent de chuter et que le contexte économique demeure volatile. En dépit de l’incertitude économique qui a caractérisé l’année 2015, on prévoit que la croissance du PIB, les ventes au détail et l’immobilier devraient demeurer stables et constants à l’avenir.

PIB et tendances à l’échelle mondiale

Les discussions en matière d’économie mondiale sont marquées par les récents événements en Chine, étant donné que les prévisions relatives à la croissance du PIB indiquent que la croissance de la Chine fléchira graduellement à mesure que la production industrielle et manufacturière ralentira. Bien que les données relatives au PIB qui ont été publiées demeurent bien au-dessus des autres marchés pour ce qui est du pourcentage de croissance réelle, le ralentissement en Chine doit être mentionné, le pays ayant l’un des plus importants secteurs de fabrication et distribution au monde. Alors, lorsque celui-ci ralentit, cela signifie que les acheteurs des autres pays ralentiront leurs activités, certains de façon préoccupante. D’ailleurs, les coûts d’expédition de la Chine à l’Europe n’ont jamais été aussi bas depuis les 30 dernières années, témoignant de la nature anémique de l’économie européenne, de la faiblesse des prix du pétrole et de la capacité d’expédition excédentaire de la Chine.

L’Europe et la Chine doivent s’attendre à une croissance relativement faible dans un avenir rapproché. Toutefois, les États-Unis se sont révélés un emplacement de choix pour les exportations des détaillants canadiens en raison de la faiblesse des coûts de transport; de plus, les taux d’imposition et de commerce ainsi que la valeur concurrentielle du dollar favorisant les exportations de produits nationaux. Comme environ 70 % des exportations canadiennes proviennent de fabricants et de détaillants canadiens, et qu’environ 80 % de ces exportations sont effectuées vers les États-Unis, les entreprises canadiennes doivent surveiller les activités du marché américain. Pour les personnes intéressées à obtenir une vision globale de l’activité économique aux États-Unis, la Réserve fédérale américaine publie huit fois par année un résumé des commentaires sur les conditions économiques actuelles appelé le Beige Book. Celui-ci fournit des données anecdotiques sur les conditions économiques actuelles. Il peut être utile de le consulter pour obtenir de l’information régionale précise et actuelle, au besoin.

Finalement, des efforts concertés ont été déployés en vue de promouvoir le commerce international en réduisant les obstacles au commerce. En particulier, l’Accord économique et commercial global (« AECG ») entre le Canada et l’Union européenne, et le Partenariat transpacifique (« PTP ») en Asie-Pacifique ont pour objectif d’augmenter le commerce et les activités à l’échelle internationale une fois qu’ils seront ratifiés. De telles ententes peuvent avoir des répercussions importantes sur l’activité économique et doivent faire l’objet de suivis afin de repérer les occasions d’affaires à venir.

Perspectives du secteur de la fabrication et de la distribution au Canada

À mesure que nous allons de l’avant en 2016, le secteur de la fabrication et de la distribution doit porter une attention particulière aux éléments suivants :

  • Au-delà des ravages causés par les prix de l’énergie, le secteur de la fabrication et de la distribution occupe une bonne position. Les faibles coûts de transport et notre proximité immédiate à l’une des économies les plus dynamiques au monde sont de bon augure pour les entreprises canadiennes.
  • La valeur concurrentielle du dollar canadien (par rapport au dollar américain) favorisera la croissance des exportations vers l’économie américaine de plus en plus vigoureuse.
  • Si vous ne prévoyez pas exporter vos produits à l’extérieur du Canada, concentrez-vous sur les provinces importatrices d’énergie, telles que le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique avant de vous intéresser aux autres provinces exportatrices d’énergie, telles que l’Alberta et Terre-Neuve-et-Labrador.
  • Les efforts du gouvernement visant la réduction des obstacles au commerce (AECG et PTP) pourraient entraîner de nouvelles possibilités pour le commerce dans les années à venir, même si leurs répercussions immédiates demeurent incertaines.

Chaque entreprise est différente et les produits ou les services que vous offrez s’inscrivent dans des conditions de marché uniques et particulières. De plus, les prévisions et les prédictions, comme celles énoncées ci-dessus, reposent uniquement sur les problèmes et les événements connus à un moment précis. Les marchés changent souvent et rapidement. Néanmoins, il est prudent d’examiner les éléments connus et prévus afin de pouvoir mieux identifier les occasions rentables lorsqu’elles se présentent.


À propos de David Hogan : M. David Hogan a entamé sa carrière en tant qu’économiste à la Banque du Canada. M. Hogan a participé au groupe de recherche de la Banque qui fournissait des prévisions sur le commerce canadien et les taux de change. En tant que spécialiste du commerce international et des marchés financiers au sein de la Banque, il a également élaboré des modèles informatiques de prévisions à grande échelle liés aux conditions économiques canadiennes et établi des prévisions macro-économiques à l’égard de l’économie canadienne pour le Conference Board du Canada. Par la suite, M. Hogan a exercé des activités d’expertise comptable et prodigué des services-conseils en fiscalité à Toronto, puis a siégé au sein du Comité de consultation des grandes entreprises de l’Agence du revenu du Canada. M. Hogan s’est joint à Richter en 2013 à titre d’associé, Fiscalité et d’économiste en chef, où il se spécialise en fiscalité transfrontalière et en prix de transfert.

À propos de Richter S.E.N.C.R.L. : Fondé à Montréal en 1926, Richter est un cabinet comptable autorisé qui offre des services de certification, de fiscalité et de gestion de patrimoine, ainsi que des services-conseils financiers dans les domaines de la restructuration organisationnelle et de l’insolvabilité, de l’évaluation et du financement d’entreprises, du soutien en matière de litiges financiers et de la juricomptabilité. Notre engagement envers l’excellence, notre compréhension approfondie des enjeux financiers et nos méthodes pratiques de résolution de problèmes nous ont permis de devenir l’un des plus importants cabinets (le neuvième en importance) indépendants d’expertise comptable, de services-conseils organisationnels et de consultation au pays. Richter a des bureaux à Toronto et à Montréal.

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